• Les photographes de l'Ouest

    L'histoire de l'Ouest : mythe et réalité
     
    Les photographes de l'Ouest
     
     
    Jean-Marie TIXIER, Maître de Conférences, Université Montesquieu-Bordeaux IV, Président du Cinéma Jean Eustache (Pessac).
    Aux USA, la photographie doit beaucoup à Matthew B. Brady. Il vit défiler devant son objectif toutes les personnalités des États-Unis durant un demi-siècle. Cette notoriété lui valut d'être chargé officiellement de fixer sur la pellicule les grands moments de la guerre civile.

    Brady supervisait les prises de vues des photographes qu'il avait lui-même formés: Tim O'Sullivan, Alexander Gardner et A.J. Russell. Aujourd'hui, les clichés de l'équipe de Brady constituent une source d'une valeur inestimable pour quiconque désire étudier ou mettre en scène la guerre de Sécession.
     
    Une photographie de Robert Lee, général en chef des confédérés

     
    Grant et Lincoln

     


     
    Horace Greeley, publiciste auteur du célèbre slogan Go west, Young Man…

     
     
    Alexander Gardner, le plus connu des élèves du maître, photographie aussi la guerre civile avant de prendre la route de l’Ouest.

    En effet, une fois la guerre achevée, Brady repartit vers la côte Est et son travail fructueux de portraitiste; ses élèves s'en allèrent dans l'Ouest. Gardner et Russell se firent les commis publicitaires d'une compagnie de chemin de fer. O'Sullivan préféra descendre le Colorado, découvrir les canyons de l'Arizona, traverser le pays de l'Idaho au Nouveau-Mexique, vivre avec les Shoshones, les Apaches ou les Navajos. Ces deux voies seront celles qu'emprunteront tous les photographes. Certains s'attacheront à restituer les épisodes mouvementés de la conquête. D'autres iront chez les Indiens fixer sur leurs plaques ces Américains-en-voie-de-disparition.
     
    Ma-To-Lousah (Swift Bear) par Alexander Gardner.
    Mais de plus grâce aux progrès techniques, la photographie pénétra rapidement dans les usages sociaux. Le photographe fit partie de l'environnement de la conquête; il était présent dans ces petites villes de la Frontière et leurs habitants venaient poser, pour l'éternité, devant ses objectifs. Si bien que nous disposons du portrait photographique de la plupart des acteurs célèbres de cette saga: Buffalo Bill, bien sûr, mais aussi Wild Bill Hickok, Wyatt Earp, Custer, etc. Les chefs indiens auront aussi droit à leur cliché: Nana., Geronimo, Natchez, pour les Apaches, Sitting Bull et Red Cloud pour les Sioux.
     
    Pour exemple, la ville de Tombstone, le théâtre du célèbre règlement de comptes à OK Corral, fut photographiée et nous avons la photo de Ed Schieffelin, son fondateur et du The Crystal Saloon.
     
    Un curieux rassemblement… Dans cette photo de groupe prise à l’issue d’une partie de chasse en 1880 à Hunter’s Hot Springs dans le Montana, on trouve de gauche à droite : Wyatt et Virgil Earp, Doc Holliday, Teddy Roosevelt, Jeremiah Johnson, Butch Cassidy & the Sundance Kid, Bat Masterson, le Juge Roy Bean… Bref, un grand nombre de héros (plus ou moins convenables) de la conquête réunis pour l’éternité…
     
    Trois figures de l’Ouest

     
    Assis à l’extrême droite Butch Cassidy et the Sundance Kid à l’extrême gauche avec les hommes de leur bande endimanchés. Plus amusante que la photo de Butch Cassidy au pénitencier et très proche de la représentation offerte par le film de George Roy Hill, Butch Cassidy and the Sundance Kid (1969) avec Paul Newman et Robert Redford dans les rôles titres…
     
    La célèbre Calamity Jane

    Enfin en 1895, pour résister à la déflagration plus forte causée par la nouvelle poudre de nitrate sans fumée (remplaçant la célèbre poudre noire), la firme sort un modèle (Winchester 95) construit jusqu’en 1942. C’est la dernière création d’envergure de Browning pour Winchester. Il quitte définitivement la firme Winchester en 1901, pour voler de ses propres armes. D’autres modèles verront le jour au vingtième siècle.
     
    Et le non moins célèbre Judge Roy Bean dans son environnement que l’on dirait tout droit sorti du film de John Huston.

     
     
    Les petites gens et les sans grade ont aussi posé pour l’éternité.
     
    La fascination des grands espaces continue comme l’atteste ce cliché de Tim O’Sullivan, un élève de Brady parti à l’Ouest, Shoshone Canyon and Falls on the Snake River in Idaho, 1879. ...
     
    ...ou celui de John K. Hiller
     
     
    A la fin des années 1870, John K. Hiller photographie aussi bien les indiens Zuni que les grands espaces et ne néglige pas l’autoportrait sous le Big Sky…

    Mais la conquête s’achève dans les derniers soubresauts des guerres indiennes. La photo est présente.
     
    Pour immortaliser Quannah Parker, Chef Comanche, fils de Cynthia Parker, la texane & ses deux filles.
     
     
    Comme George Armstrong Custer, les scouts et ses chevaux...
     
    ...ainsi que ses deux vainqueurs : le chef de guerre Red Cloud (by Charles Bell 1880) & le shaman Sitting Bull (by Palmquist & Jurgens 1884).
     
    En raison de son importance, Sitting Bull a droit aussi à des portraits de famille.
     
    Le massacre de Wounded Knee est couvert et les clichés de cadavres abondent comme une trace indélébile dans la mémoire de la conquête.
     
    Avec la paix, vient l’heure de l’acculturation pour les indigènes : il faut bien dissiper la nuit morale en leur apportant la lumière… Geronimo avant et après…
     
    Une école se consacre à cette noble tache : The Carlisle Indian School. Créée en 1878 en Pennsylvanie, cette école militaire avait pour but de "kill the Indian and save the child." La photo témoigne des progrès accomplis et de la bonne conscience qui prévaut à l’époque.

    La mort de l’Ouest et de ses protagonistes n’empêchent pas le mythe de vivre. Loin s’en faut ! La peinture de l’Ouest ne s’arrête pas : elle est toujours vivante.
     
    Henry François Farny, 1847-1916, est un peintre né en France.
     
    Joseph Henry Sharp, 1859-1953
     
     
     
    Un photographe consacre sa vie à un travail de nature ethnographique sur les Indiens. Edward S. Curtis laisse 140 volumes de recueil de photographies, avec 15000 clichés sur les 40000 qu'il a pris en tout. Nous retrouvons dans des photographies de Curtis une composition comparable à celle des aquarelles de Bodmer. Mais Curtis n’est pas isolé ; il existe un très grand nombre de photographes talentueux qui ont consacré leur vie professionnelle aux Indiens. Les clichés de Karl Moon ou ceux de Charles Milton Bell, ceux de John K. Hiller ou de Frank A. Rinehart témoignent tous de la fascination des américains blancs pour leurs compatriotes indigènes en train de disparaître.
     
     
    Bear Legs, Osage ou le Navajo boy par Karl Moon au début du XXe siècle
     
    En simplifiant, une filiation pourrait être établie entre Bodmer et Curtis d'une part, et entre Remington et Gardner d'autre part. La photographie emprunte le chemin que la peinture a tracé; il existe une photographie de la conquête et une du rêve de l'Ouest. Comme pour les peintres, il est aisé de retrouver dans les westerns l'influence des photographes. Delmer Daves avant de tourner "Cow-boy", consulta les clichés de Gardner sur Wichita. John Ford s'est largement inspiré des photographies de Brady pour donner à "The Horse Soldiers" son authenticité.

    Dans le public, la peinture comme la photo imposèrent un mode de composition de l'image que le cinéma, à ses débuts, sera contraint de reprendre. Mais de plus, elles ont contribué à rendre familières des situations types, et à former une attente et une demande de la part des futurs spectateurs. Le théâtre et le cirque vont donner vie à ces situations.
     
    The West Wild Show de Buffalo Bill va parcourir le monde. Le gouvernement américain lui "prête" obligeamment Sitting Bull pour en faire une "guest star" avant de le renvoyer dans sa réserve et finalement l’assassiner. Ils posent ensemble pour la publicité et Sitting Bull a déjà le regard perdu. Quant à Buffalo Bill, il plastronne à cheval comme l’a caricaturé avec méchanceté Robert Altman dans "Buffalo Bill and the Indians or Sitting Bull’s History Lesson" (1976) sous les traits de Paul Newman.
    Dans un petit livre destiné aux enfants américains, The Golden Book of Indian Stamps, qui leur raconte "the authentic stories about Indian life", il y a une vignette à coller pour identifier Cochise, "Famous Apache Chief" (p.36 dans la dix-neuvième édition de 1980 ; la première remonte à 1954 – Western Publishing Compagny Inc. Racine, Wiscontin). La vignette est encadrée en bas à gauche d’un photogramme de Jeff Chandler qui interprète le chef Apache dans Broken Arrow de Delmer Daves (1950) et à droite d’une photo de Cochise. Qui a dit dans l’Ouest quand la légende dépasse la réalité, on imprime la légende ?
      
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