• Edward Sheriff Curtis (1868 - 1952)

    Edward Sheriff Curtis (1868 - 1952) Par Michel Lecocq

    "... en raison de la combinaison singulière des qualités avec lesquelles il a été béni …. M.Curtis a pu faire ce qu'aucun autre homme n'a jamais fait ; ce que, dans la mesure où nous pouvons le voir, aucun autre homme ne pourrait faire. Il est un artiste qui établit des portes et pas seulement dans un bureau…"
    Théodore Roosevelt - 1906

    mt_expandEdward Sheriff Curtis (1868 - 1952) fut l'un des plus grands photographes qu'aient connus les Etats-Unis, précurseur d'une génération de portraitistes et de journalistes voyageurs : je pense notamment à Sebastiao Salgado, non pas que son œuvre soit d'une rare conception artistique à l'image du
    travail d'Ansel Adams mais elle est à bien des égards un travail de patience unique dans les annales photographiques et un témoignage ethnographique formidable et courageux sur ces populations indiennes alors bien proche de la disparition.
    Il fut, à une époque de rare violence envers les indiens suite au massacre de Wounded Knee (1891), un des pères fondateurs de la réhabilitation tout du moins partielle de l'âme indienne.

    DE LA NAISSANCE A LA MORT

    mt_expandEdward Sheriff Curtis est né dans le Wisconsin en février 1868. Il est le deuxième enfant d'une famille très unie qui va encore accueillir en son sein : Éva en 1870 et Asahel en 1874. Ses parents, Ellen et Johnson, suite à la naissance d'Asahel décident de s'installer dans le Minnesota, dans un petit village rural : Cordova où son père officie alors en tant que prédicateur au sein d'une congrégation religieuse (l'église des frères unis). Il est de par ses activités bien souvent amené à se déplacer de village en village et est alors bien souvent accompagné de Edward qui adore déjà cette vie rude au grand air à l'inverse de son grand frère Ray : l'aîné de 7 ans. Elle le préparera par la suite à connaître et à affronter des moments difficiles dans les vastes étendues sauvages de l'ouest américain.

    Pour Edward, les années suivantes à Cordova, sont alors des années d'insouciance où il s'initie à la photographie. Vite passionné, il en arrive à construire même son propre appareil photographique à l'aide d'un manuel dédié entièrement à la technique photographique naissante et très populaire à l'époque : le " Wilson's photographics ". Il est également possible au cours de ces années qu'il ait travaillé en tant que jeune assistant pour un photographe à Minneapolis mais cela n'a jamais pu être vérifié.
    Mais hélas, la santé déclinante de son père associé au départ de son grand frère à Portland dans l'Oregon l'oblige au cours des années 1880 à s'investir davantage encore dans la vie familiale et à trouver rapidement un travail afin de suppléer les absences répétées de son père. C'est au cours de ces quelques années (entre 1885 et 1887) qu'il travaille comme surveillant de prison également à Minneapolis puis dans les chemins de fer. La passion de la photographie néanmoins ne le quitte pas.

    mt_expandA l'automne 1887, son père souhaitant chercher la bonne étoile à défaut de la santé, quitte Cordova, avec Edward, pour s'installer en plein hiver dans le territoire de Washington. Ils sont rejoints très vite par Ellen et les deux plus jeunes enfants au printemps suivant : la santé de Johnston déclinant rapidement.
    Il meurt la même année d'une pneumonie, Edward alors âgé de 20 ans prend la destinée de la famille en main. Il décide de s'investir dans le milieu de la photographie et achète alors malgré des revenus très maigres : un appareil photo.

    UNE IDEE QUI FAIT SON CHEMIN

    mt_expand1892 est l'année bien sûr de son mariage avec Clara Philips, c'est également et surtout l'année de l'ouverture de son studio de portrait à Seattle en association avec Thomas Guptill. Cette association s'arrêtera 5 ans plus tard alors que le studio est en pleine expansion : Edward reprendra l'affaire à son compte.

    C'est également au cours des années 1890 que Edward envisage déjà de photographier les tribus indigènes locales : SUQUAMISH, il réussit ainsi à se faire remarquer dans le monde de la photographie et en 1899 lors de la convention photographique nationale, trois de ces clichés pris au sein de ces mêmes tribus sont récompensés : il obtient le grand prix national : récompense qui l'aidera beaucoup par la suite pour l'élaboration de son projet.
    C'est également au cours de cette période qu'Edward fait une rencontre bien fortuite mais déterminante pendant l'une de ces escapades dans les montagnes du Territoire de Washington.
    En voulant aider un groupe de grimpeurs égarés, il fait la connaissance des docteurs Hart Meriam et Bird Grinnel : naturalistes et ethnologues célèbres à l'époque qui l'engagent à proposer ses talents de photographe dans l'expédition qui se prépare de découverte des côtes de l'Alaska sous l'organisation de monsieur Harriman : riche homme d'affaire.
    De cette expédition Edward ramène de nombreux témoignage fort intéressants sur la vie des
    tribus locales : témoignages qui lui permettent d'entrevoir la possibilité d'effectuer un travail
    plus dense sur le sujet.
    Sa conviction profonde est également renforcée par l'expérience passionnante qu'il réalise au cours de l'été 1900 avec l'aide de son ami, le docteur Bird Grinnel : partageant la vie des tribus Algonquins et Blackfeet dans le Montana.

    mt_expandEdward est alors bien décidé à poursuivre cette étude photographique des tribus indigènes de l'Amérique du nord d'autant plus qu'il commence à être connu du grand public grâce aux nombreux articles qui lui sont dédiés et aux photographies qu'il propose pour l'édition. C'est ainsi qu'entre 1901 et 1904, il réalise déjà de très nombreux clichés de tribus indiennes notamment en Californie et au colorado.

    LE GRAND PROJET

    mt_expandEn 1904, fort du succès que rencontrent ces images indiennes, Edward commence vraiment à s'investir dans le projet qui lui tient à cœur. Très souvent absent car sur le terrain, il est alors obligé, pour assurer le fonctionnement de son studio photographique à Seattle, de louer les services d'un photographe adjoint : Adolph Muhr.
    Son plus grand souhait est de réaliser un travail scientifique et artistique qui rendrait compte
    parfaitement des traditions et des croyances en survivance de ces tribus pas encore phagocytées par la culture néo-américaine.

    C'est dans cette optique qu'il effectue la même année un voyage d'affaire à Washington afin de rencontrer Frédérick Webb Hodge et William Henry Holmes de la " Smithsonian Institute of American ethnology ".
    Monsieur Hodge deviendra par la suite un ami intime d'Edward et le rédacteur du projet alors
    finalisé. Il obtient également, bien fortuitement la même année, l'aide du président Théodore
    Roosevelt qui séduit par ces talents de portraitiste déjà récompensé à de multiples occasions,
    l'avait sollicité bien avant cette aventure naissante afin d'immortaliser la première famille des Etats-Unis. Roosevelt impressionné par ses images indiennes l'encouragera alors dans son
    travail pendant toute sa carrière devenant l'un de ses amis les plus proches et l'auteur de la
    préface de l'œuvre photographique à venir.

    C'est fort de ces soutiens de renom qu'il entreprend d'effectuer les démarches financières nécessaires afin de mener ce projet à terme. Il prend contact au cours de l'année 1906 avec monsieur Morgan, homme d'affaire très influent qui accepte de l'aider en contrepartie d'une
    exclusivité sur un certain nombre de photos et de tirages de l'œuvre finale : " l'indien d'Amérique du nord " . 500 exemplaires de 20 volumes seront édités. Sur une enveloppe globale de 75000 dollars, répartie sur 5 ans, une première somme de 15000
    dollars est alors versée sur le compte d'Edward ; le 30 mars 1906.

    mt_expandEdward, à partir de cet instant, n'a de cesse d'effectuer des conférences et autres rencontres afin d'assurer le succès à cette grande et belle opération bien évidemment au détriment des prises de vue. Le projet prend ainsi très vite du retard mais en contrepartie, le succès de son studio à Seattle est grandissant en raison bien entendu de la notoriété de son propriétaire mais également grâce à la compétence d'Adolph Muhr.

    TRISTESSE ET DESILLUSION

    En 1912, l'œuvre colossale qu'a décidé d'entreprendre Edward est bien loin d'être à sa conclusion comme cela avait été décidé 6 ans plus tôt et la mort de monsieur Morgan en 1913 entraîne la fin de l'aide financière qui lui avait été alors allouée.
    Une grande partie des bénéfices réalisés par son studio photographique dirigé à la mort de monsieur Muhr (également en 1913) par Ella Mc Bride, servent donc alors à poursuivre l'incessant travail.
    C'est ainsi que le désespoir de voir, peut-être, ce projet si contraignant ne jamais aboutir lié à
    des difficultés financières trop importantes oblige le couple Curtis à divorcer au cours de
    l'année 1916.

    Edward, suite à ce divorce, perd en 1919 tous ses biens et en particulier le studio photographique installé à Seattle et les négatifs si chèrement acquis qui seront pour certains par la suite détruit (par Edward lui même, paraît-il !!?).
    C'est grâce à l'aide de Beth, l'aînée de ces filles qu'il décide alors de reconstruire sa vie bien mal engagée : ils ouvrent ensemble ainsi un studio photographique à Los Angeles pendant l'année 1920. Il est également bien aidé par son fidèle collaborateur : William Myers.

    mt_expandEdward ne reste pourtant pas inactif malgré ces nombreux coups du sort et propose ses services dans l'industrie cinématographique en plein développement : il travaille ainsi comme photographe sur des films comme : " les dix commandements ", " le roi des rois " et bien d'autres. De ce fait, en 1922, seuls 12 volumes sur les 20 prévus initialement de " l'indien d'Amérique du nord " sont édités et c'est grâce à l'action financière inattendue et inespérée de monsieur Morgan fils, après une absence de 6 ans, qu'enfin une éclaircie se dessine à l'horizon.
    Néanmoins, jusqu'en 1930 : date de parution des deux derniers volumes, Edward n'a de cesse
    de chercher les financements nécessaires à l'aboutissement de son projet, il sera pour cela
    beaucoup aidé bien sur par William Myers et par sa fille Beth mais également par Fréderick
    Hodges son rédacteur et ami et par Steward Eastwood à partir de 1926.

    Hélas, c'est alors que " l'indien d'Amérique du nord " est enfin terminé et que Edward espère
    beaucoup des retombées d'un tel travail qu'à nouveau les épreuves arrivent.
    Moins populaire au cours des années trente, années également de récession économique
    sévère, l'œuvre prometteuse d'Edward Sheriff Curtis ne rencontre pas le succès escompté
    d'autant plus qu'en 1935, la société indienne du nord responsable de la compilation des
    œuvres d'edward sous forme d'abonnement dépose le bilan entraînant de ce fait la liquidation
    d'une très grande partie du matériel photographique encore à diffuser.
    C'est ainsi qu'un certains nombre d'exemplaires tombent à peu de frais aux mains de monsieur Lauriat, marchant de livres rares à Boston, alors que d'autres appartenant à la collection de monsieur Morgan fils disparaissent détruits ou vendus pour une bouchée de pain.

    LA FIN

    mt_expandLes années trente n'apportent donc pas la fortune à Edward et c'est un photographe désabusé qui, au cours de ces années, continue par la force des choses à travailler pour l'industrie du film sans gloire ni envie alors qu'une nouvelle passion l'occupe : l'attrait de l'or.
    En 1947, Edward se retire à Whittier (Californie) auprès de sa famille recomposée autour de
    sa fille Beth et de son mari Manford Magnusson.
    Edward Sheriff Curtis est mort d'une crise cardiaque à l'age de 84 ans le 19 octobre 1952 à
    Los Angeles.

    Aujourd'hui, malgré les difficultés financières, malgré les vivicitudes d'une vie à l'époque parfois dure, l'œuvre de Edward Sheriff Curtis fait encore référence comme l'un des plus spectaculaire travail de fond scientifique et artistique jamais entrepris par un photographe. A travers cette œuvre, c'est également un peu de l'âme de Curtis qui survit en chacun de nous à la vue de ces portraits d'indiens et de ces scènes de vie maintenant si à la mode : c'est un peu de l'âme indienne qui survit grâce à lui.

    EDWARD SHERIFF CURTIS en 13 dates :

    Février 1868
    Naissance de Edward Sheriff Curtis dans le Wisconsin
    Automne 1887 Déplacement dans les Territoires de Washington avec son père
    1892 Mariage avec Clara Philips et ouverture de son Studio photographique à Seattle
    1899 Obtient le grand prix national de photographie pour trois de ces photos d'indiens
    1904 Rencontre Fréderick Webb Hodges futur rédacteur de " l'indien d'Amérique du nord " et
    Théodore Roosevelt, le président des Etats-Unis
    1906 Monsieur Morgan finance le projet : " l'indien d'Amérique du nord " pour 5 ans
    1913 Mort du financier Morgan et d'Adolph Muhr, le photographe adjoint de Edward Sheriff Curtis
    1916 Séparation et divorce du couple Curtis
    1920 Ouverture avec Beth (sa fille aînée) d'un studio photographique à Los Angeles
    1930 Parution des deux derniers volumes de "L'indien d'Amérique du Nord "
    1935 Dépôt de bilan de la " compagnie indienne du nord ", responsable de la diffusion des
    abonnements
    19 octobre 1952 Disparition de Edward Sheriff Curtis à l'age de 84 ans, à Los Angeles (Californie)

    EDWARD SHERIFF CURTIS en 9 livres :

    Les indiens d'Amérique du nord - les Cheyennes
    Edward Sheriff Curtis
    Éditeur : Hors Collection
    L'Amérique indienne de Edward S. Curtis
    Edward Sheriff Curtis, Florence Curtis Grayhill, Victor Boesen
    Éditeur : Albin Michel (7 avril 1992)
    Paroles indiennes
    Michel Piquemal, Edward Sheriff Curtis
    Éditeur : Albin Michel (2 septembre 1993)
    Paroles de sages
    jat, Edward Sheriff Curtis
    Éditeur : Casterman (1996)
    La Terre durera toujours
    Neil Philip, Edward Sheriff Curtis
    Éditeur : Seuil (20 mai 1998)
    Edward S. Curtis
    Edward Sheriff Curtis Éditeur : Cnp (18 juin 1999)
    Edward Sheriff Curtis & l'Indien d'Amérique du Nord
    Edward Sheriff Curtis, Christopher Cardozo, joseph D. Horse Capture
    Éditeur : Marval (15 octobre 2000)
    Pieds nus sur la terre sacrée
    T.C. McLuhan, Edward Sheriff Curtis
    Éditeur : Denoël (18 octobre 2001)
    Edward Sheriff Curtis (1868-1952)
    Hans-Christian Adam
    Éditeur : Taschen (1° septembre 2004)

    Edward Sheriff Curtis et quatre adresses Internet :

    Les quatre sites présentés sont des sites très complets et fort intéressants car ils ont le mérite
    de présenter l'œuvre de cet immense photographe avec beaucoup de rigueur et de passion
    Trois de ces sites sont en anglais
    Je commencerai d'abord par le " site officiel " :
    http://www.edwardcurtis.com/
    Pour finir par ces deux sites à ne pas manquer :
    http://www.curtis-collection.com/
    http://www.fluryco.com/curtis/
    Le petit dernier a le mérite d'être en français, il a une belle conception mais reste incomplet
    par rapport aux précédents : c'est une bonne approche du personnage :
    http://www.artsversus.com/curtis/

    Pour en savoir plus sur l'auteur de cette rubrique :

    Chronique par Michel Lecocq
    Photographies d'auteur
    Site : http://www.imago-michel.com/

     

    SOURCES : http://www.photophiles.com/index.php/les-articles-archives/biographies/27-edward-sheriff-curtis.html

    Edward S. CURTIS (1868-1954)

    Curtis commence sa carrière comme photographe de studio à Seattle. Mais son intérêt pour les Indiens d’Amérique l’emportera. En 1899, il est le photographe officiel de la mission ethnographique Harriman en Alaska. À partir de 1901, il entreprend la constitution d’une documentation photographique sur la vie, les coutumes et le folklore des tribus indiennes d’Amérique. Ce projet donne naissance à une série de vingt volumes rassemblant des centaines de photographies prises dans tout le pays : The North American Indian, publié entre 1907 et 1930. Curtis met en scène ses photographies en ajoutant des accessoires, des scalps, des costumes, suggérant la nature guerrière de ses modèles, qu’il montre toujours comme des êtres nobles et fiers, dans des portraits ou des scènes de groupe. Ses photographies représentent à la fois un véritable travail artistique, dans une veine généralement pictorialiste, mais aussi un document qui permet d’identifier une culture en train de disparaître.

    E.A.

     

     
       
     
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