• CAPTEURS DE REVES ET ROUES DE MEDECINE

    Par Nathalie St-Pierre, Anthropologue

    Le Capteur de rêve et la roue de médecine sont sans aucun doute les objets les plus connus et les plus popularisés de la symbolique amérindienne. On en voit partout, dans les boutiques d'artisanat bien sûr, dans les tabagies, les pharmacies et les magasins à grandes surfaces. Bien qu'étant très différents, ces deux symboles amérindiens sont souvent confondus et mal interprétés. Il se ressemblent de par leurs formes et de par les matériaux qui sont utilisés pour les fabriqués, par contre leur symbolique et leur signification respectives elles, ne se ressemblent pas. Or, il m'apparaît important de bien connaître ses significations pour pouvoir profiter d'un savoir ancestral en même temps que d'objets attrayants.

    Nous savons que les capteurs de rêves étaient utilisés et fabriqués par plusieurs tribus amérindiennes en Amérique du nord grâce à l'étude de la tradition orale de ces peuples. Les Sénécas, Navajos, Pawnees, les Sioux des plaines du Canada ainsi que les Objibway parlent tous de cerceaux de roseau tressés similaire au piège à rêves que l'on connaît aujourd'hui. Au Canada, ce sont les Chippewa aussi appelés Objibway qui sont à l'origine de ce petit objet rond.

      Roue de médecine
    Fig.1 Roue de médecine.

     

    L'anthropologue Frances Densmore qui a travaillé avec les Chippewa au début du siècle dans les régions du Minnesota, du Wisconsin et de l'Ontario écrit que de petits objets représentant des toiles d'araignées étaient accrochés aux portes bébés et qu'ils étaient connus pour attraper les mauvais rêves et les mauvaises pensées. Bien qu'ils soient généralement de forme ronde, certaines nations amérindiennes les fabriquaient en forme de "goutte". Cette forme se retrouve notamment chez les Iroquoïens. Les capteurs de rêves que Densmore décrit dans son livre avaient environ 3 1/2 pouces de diamètres et étaient tressés d'une toile en fibre d'ortie ou en tendon animal qu'on teignait ensuite en rouge à l'aide de l'écorce de pruniers sauvages. Il est intéressant de noter que le tressage des capteurs de rêves observés par l'anthropologue au début du siècle est différent du tressage que l'on retrouve communément dans ceux d'aujourd'hui.

     

     

    Fig.2 Capteur de rêves

    Comme la plupart des objets traditionnels, les capteurs de rêves ont subi des modifications importantes au fil des ans et des siècle. Selon les écrits de Frances D. au début du 20ième siècle, la fibre d'ortie et les tendons ont été remplacés par la fibre d'autres plantes puis, plus tard, par des matériaux synthétiques. A l'arrivée des Européens, les perles de verres sont venus ajouter une touche de couleur à cet objet qui allait devenir un symbole de l'identité autochtone.

    Glissées sur des lacets de cuir, les perles de verre ont d'abord servie de décoration puis on y a inséré des plumes pour "guider les bons rêves" sur le dormeur. Mais il n'y a pas que l'aspect esthétique qui se soit modifié. Plusieurs croyances se sont aussi greffé au capteur de rêve et certaines personnes l'utilisent même pour lire l'avenir!!!

    D'autres diront qu'il faut absolument placer le capteur de rêve dans une fenêtre pour qu'il fonctionne, mais rappelez-vous qu'il n'y avait pas de fenêtres dans les wigwams d'écorce ou les teepees! J'ai aussi entendu dire que les capteurs de rêves portaient bonheur. Il faut savoir qu'au départ, il ne s'agissait que d'un filtre pour empêcher les cauchemars de venir troubler les enfants qui dormaient.

    Les Objibway racontent qu'une araignée appelée "Asibikaashi" protégeait les enfants de la tribus en tissant sa toile au dessus de l'endroit où ils dormaient. Les mauvais rêves, les mauvaises pensées et les mauvaises vibrations restaient accrochés dans la toile et étaient détruis par le soleil du matin. Au fil des années, la tribu grandit et les Objibway ont dû se dispersés sur leur territoire. Comme l'araignée n'était plus capable de visiter tous les wigwams elle demanda aux femmes de la nation de l'aider dans sa tâche. C'est ainsi que l'on vit apparaître le "capteur de rêve" que les femmes tissaient dans un cerceau de bois à l'aide de fibres végétales ou animals.

    Chez les Micmacs, ont dit qu'une grand-mère qui cousait des vêtements dans la lumière tamisée de son wigwam entendit une petite voix qui pleurait dans un coin. Elle leva les yeux et demanda: "Qui est-ce qui pleure et pourquoi pleure-tu" La petite voix répondit : "Ici, c'est moi grand-mère..." La grand-mère leva les yeux et aperçu une petite araignée. "Je pleure, parce que tout le monde à peur de moi. Ils disent tous que je ne sert à rien. La grand-mère fût bien peinée d'entendre ce que l'araignée avait a dire. Elle lui répondit : Eh bien, je crois que je peux faire quelques chose pour toi. Dorénavant, quand tu tisseras ta toile au-dessus de l'endroit où l'on dort, les mauvais rêves resteront pris à l'intérieur et détruit par le soleil, ainsi, on ne fera plus que des bons rêves....

    La roue médecine que l'on voit dans les expositions ou les magasins et qui consiste en un cercle avec une croix au milieu, est une représentation plus ou moins fidèle des roues médecines que fabriquaient les nations des plaines. On retrouve de ces roues de la médecines sur la bordure orientale des Rocheuses près du Wyoming jusqu'à l'Alberta. Bien que leur fonction ainsi que leur âge ne soient pas encore bien déterminées certains pensent qu'il pourrait s'agir d'observatoires astronomiques qui permettaient de prévoir des dates importantes telle la date du solstice d'été. D'autres personnes croient qu'il s'agirait de représentation symbolique de la voûte du ciel ou des cycles éternels de l'univers et qu'on aurait pu utiliser les roues médecine lors de cérémonies importantes comme la dans du soleil.

    Les roues médecines étaient dessinées à même la sol à l'aide de pierre que l'on déposait pour former un cercle dans lequel se trouvait des rayons, un peu comme une roue de charrette du 19ième siècle. La plus imposante de ces roues médecine se retrouve dans les Bighorn Mountains du Wyoming et du Montana. Le cercle de pierre mesure 30 mètres de diamètre.

    Le cercle traversé d'une croix qu'on nomme "roue de la médecine" et auquel sont associées différentes couleurs est en fait répertorié dans le livre " Les symboles des indiens" de l'auteure Heike Owusu, comme suit: "Le lien entre le cercle et la croix dont les extrémités dépassent du cercle symbolise les quatre étapes de la vie humaine. L'âge de l'apprentissage, l'âge de l'accueil, l'âge du polissement de la personnalité, l'âge de la sagesse. Ce symbole représente la transformation et est comparable à la signification du symbole européens de la roue de la vie. Bien sûr il s'agit ici d'une signification parmi plusieurs autres, car les nations amérindiennes sont multiples et les croyances comme les symboles quand ils ne sont pas totalement différents sont toutefois nuancés.

    Les quatre points de la croix qui touchent au cercle de la roue médecine sont souvent interprétés comme symbolisant les quatre points cardinaux. A ces points cardinaux correspondent des couleurs et des états d'esprits. L'Est est parfois associé à la couleur jaune, le Sud à la couleur rouge, l'Ouest au noir et le Nord au Blanc. Ces couleurs sont aussi associées aux quatre races humaines. A l'Est c'est l'état physique, relié aux prières et au tabac. Au Sud, l'état émotionnel , le courage l'expression des sentiments et le cèdre. A l'Ouest, c'est l'état mental, l'introspection, la purification et la sauge. Au Nord, le spirituel qui nous invite à faire le bien et le foin d'odeur.

    Encore une fois je me permet de redire que cette interprétation en est une parmi d'autres qui peuvent exister chez d'autres nations. Les symboles qui demeurent sont les quatre directions, les couleurs, (qui peuvent variées) et les quatre étapes de la vie.

    J'espère que cet article pourra jetter un peu de lumière sur les interrogations qui plannent très souvent au dessus de symboles des croyances et des pratiques spirituelles des amérindiens. Vos questions et commentaires sont toujours les bienvenus.

    "Tous ceux qui connaissent le succès ont d'abord rêvé à quelque chose"
    ( parole Mancepa)

    Nathalie St-Pierre est anthropologue au Québec. Elle écrira des textes qui porteront sur la culture matérielle et spirituelle des amérindiens du Québec et d'ailleurs. Vos commentaires et vos questions seront grandement appréciés.

     

    Vous pouvez la joindre à :

    aiamun@globetrotter.net

      

    sources : http://woglakapi.free.fr/sioux/histoire.htm

      

     

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