• Sitting Bull (vers 1831-1890)   Chef des Sioux-Hunkpapas. Mystique et conducteur de son peuple, Sitting Bul

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    Sitting Bull (vers 1831-1890)
    Chef des Sioux-Hunkpapas
    Mystique et conducteur de son peuple, Sitting Bull est l’un des plus grands chefs indiens. Après sa victoire de Little Bighorn sur Custer, il met les siens à l’abri derrière la frontière canadienne. Il sera tué  par la police indienne lors du "Soulèvement de la Danse des Esprits".
    Un guerrier d'exception
    Sitting Bull est un Lakota-Hunkpapa. Il est né près de Grand River dans l’actuel état du Dakota du Nord. Son nom lakota est "Tatanka Iyotake". Son premier nom avait été "Hunkesni" (Lent)  à cause de son comportement calme et réfléchi. Pourtant, on dit qu’il a tué son premier bison dès l’âge de dix ans et marqué son premier "coup" à quatorze ans.
     

    Il reçoit ensuite le nom de Sitting Bull, synonyme de force et de sagesse, le nom d’un conducteur de son peuple. Lors d’un combat contre les Assiniboines, il sauve la vie d’un jeune guerrier ennemi, remarquable par son courage, et décide de l’adopter comme son frère. Il lui donne même le nom de son père décédé, Jumping Bull. On cite de nombreux traits de générosité et d’humanité de la part de Sitting Bull. Il veille particulièrement à ce que les Crows, Assiniboines ou Arikaras prisonniers soient bien traités et rendus à leur peuple chaque fois que c’était possible. Il adopte de nombreux enfants qu’il élève comme les siens. Il considère comme son frère le jeune Gall, un Hunkpapa orphelin, qui deviendra son plus fidèle compagnon.

     

    Sitting Bull est présent lors du conseil réuni à Fort Pierre par le général William S. Harney au début de mars 1856. La brutalité avec laquelle Harney impose ses conditions lui font comprendre qu’il importe de ne jamais traiter avec les chefs militaires américains. La lance et le bouclier
    Sitting Bull est un guerrier d’une exceptionnelle bravoure. Il assiste à la farouche résistance des guerriers santees du chef Inkpaduta poursuivis par l’armée du général Alfred Sully après la guerre de Little Crow. Il participe à la bataille de Killdeer Mountains le 28 juillet 1864 qui oppose l’armée aux Santees. Toute sa vie, il ne cessera de lutter contre l’emprise des Blancs sur le territoire des Lakotas. Entre 1865 et 1868, pendant que le chef oglala Red Cloud mène la guerre contre la construction de la piste Bozeman sur la Powder River, Sitting Bull lance de nombreuses attaques contre les forts Rice et Buford construits sur le Missouri. Le chef suprême
     

    En 1868, il refuse de rencontrer les délégués du gouvernement pour signer le Traité de Fort Laramie qui détermine les limites de la Grande Réserve Sioux. Mais il envoie Gall qui signe le traité à Fort Rice. Tandis que Red Cloud, convaincu que toute résistance à l’invasion blanche est vaine, se retire sur la réserve et maintient la paix, Sitting Bull se rapproche des Oglalas de Crazy Horse et continue à résister dans le nord, sur le grand territoire de chasse reconnu aux Indiens par le Traité de Fort Laramie. Il devient le chef suprême des Lakotas "hostiles". Cette distinction exceptionnelle est unique dans l’histoire des Sioux. Arrow creek (13 août 1872)
     

    De 1872 à 1874, avec Crazy Horse, il s’oppose à la construction de la "Northern Pacific Railway" à travers la vallée de la Yellowstone, territoire de chasse des Hunkpapas et des Blackfeet-Sioux. Le 13 août 1872, lors d’un affrontement avec les soldats du major Eugene M. Baker, près d’Arrow Creek, Sitting Bull est accusé par un jeune guerrier de manquer de courage et de rester en arrière.
    Pour toute réponse, Sitting Bull conduit son cheval entre les deux lignes de combattants, s'assoit et se met à fumer calmement sa pipe sous le feu des soldats qui se concentre sur lui.
    Plusieurs guerriers viennent le rejoindre et fumer avec lui au milieu des balles qui continuent à siffler. Puis, tranquillement, ils remontent à cheval et regagnent leurs lignes, faisant l'admiration de tous. Cet exploit accroîtra le prestige de guerrier de Sitting Bull.
     

    Sitting Bull n’est pas seulement un grand chef de guerre, c’est avant tout un mystique. Ses nombreuses recherches de vision l’ont souvent mis en contact avec les Esprits. Cela ne l’empêche pas d’avoir les meilleures relations avec le père Jean De Smet, un Jésuite belge dont il a écouté l’enseignement. la guerre pour les black hills (1876)

    Durant l’hiver 1875-76, le gouvernement, qui veut annexer les Black Hills en violation flagrante du Traité de Fort Laramie, ordonne à tous les Indiens vivant sur les territoires de chasse non-cédés de rejoindre immédiatement les agences avant le 31 janvier 1876.
    Ceux qui ne se soumettront pas seront "déclarés hostiles et traités comme tels". La campagne contre les Sioux, conduite par le général Philip H. Sheridan, commence dès février. A plusieurs reprises, pendant l’hiver, Sitting Bull donne asile à des fugitifs lakotas ou cheyennes mourant de froid et de faim, rescapés des attaques de l’armée.
     

    En juin 1876, Sitting Bull et les siens campent dans la région de la Tongue River, au Montana. Tous les clans des Plaines sont là pour la Danse du Soleil. Ils sont prêts à se battre pour préserver leurs territoires de chasse et surtout les Black Hills, le "Coeur de tout ce qui est", les collines sacrées des Lakotas. Plusieurs milliers de guerriers lakotas, cheyennes, arapahos, ainsi que des Santees réfugiés de l’est, viennent rejoindre le grand chef hunkpapa, formant le plus grand village indien jamais rassemblé dans les Plaines.
     

    Il y a là tous ceux qui refusent la vie dans la réserve. Sitting Bull fait le vœu de déposer cent morceaux de sa chair au pied de l’Arbre Sacré. Tandis qu’il danse, épuisé par le jeûne et le sacrifice, il a la vision de "beaucoup de soldats tués à l’intérieur du camp".
    Le 17 juin, les Indiens, conduits par Crazy Horse, repoussent les soldats du général George Crook sur la Rosebud River. Beaucoup pensent que cette victoire est la réalisation de la vision de Sitting Bull, mais le chef lakota promet une nouvelle victoire.
     

    Au matin du 25 juin 1876, le lieutenant-colonel George A. Custer, à la tête du 7ème régiment de cavalerie passe à l’attaque contre l’immense camp indien sur la Little Bighorn River.
    Pendant que Crazy Horse, Gall et Rain-in-the-Face organisent la résistance et anéantissent le contingent de Custer, Sitting Bull parcourt à cheval le village pour rassembler les femmes et les enfants afin de les tenir à l’écart du combat.
     

    Après la victoire de Little Bighorn, les Indiens se dispersent pour échapper à la vengeance de la nation américaine. Le 21 octobre 1876, les soldats du colonel Nelson A. Miles accrochent les partisans de Sitting Bull sur les bords de la Yellowstone River. L'exil canadien (1877-1881)
    En mars 1877, Sitting Bull décide de passer au Canada, espérant que son peuple pourra y vivre libre et en sécurité. Hunkpapas et Sans Arcs s’installent dans la province du Saskatchewan, près de Fort Walsh. Ils sont rejoints en septembre par des Oglalas qui se sont échappés lors de leur transfert forcé vers le Missouri.
     

    Quelques jours plus tard, ils recueillent les réfugiés des Nez Percés qui, poursuivis par l’armée, ont réussi à franchir la frontière canadienne. C’est à la fin d’octobre 1877 qu’il rencontre le général américain Alfred H. Terry qui lui demande de se rendre. Sitting Bull refuse, ne pouvant se résoudre à abandonner la vie indienne traditionnelle.
     

    Il se lie bientôt d’amitié avec un officier de la Police Montée, le major James M. Walsh et exprime le désir de s’établir définitivement au Canada. Mais la région où le gouvernement canadien tolère les Sioux est trop froide et n’offre pas assez de possibilités de chasse.
    Les bisons ont pratiquement disparu. Les Lakotas ont le mal du pays. La Police Montée surveille les exilés et les regarde mourir de faim, avant tout soucieuse qu’ils ne créent pas de troubles. Le nouvel officier qui remplace le major Walsh incite les Sioux à se rendre. Gall fait sa reddition en janvier 1881. La reddition
     

    Sitting Bull se résout enfin à se rendre.
    Le 19 juillet 1881, accompagné de moins de deux cents fidèles dans un dénuement complet, il se présente à Fort Buford dans le Dakota. Il confie sa Winchester à son fils Crow Foot âgé de huit ans et le charge de la remettre au commandant du fort. Il dit : "Je veux qu’on se souvienne que je suis le dernier à rendre mon fusil, et qu’aujourd’hui je vous l’ai donné". Pendant deux ans, il est retenu à Fort Randall comme prisonnier de guerre. Il rejoint ensuite les Hunkpapas sur la réserve de Standing Rock.
     

    Installé près de Grand River, près de l'endroit où il est né, Sitting Bull vit avec ses deux épouses et ses plus jeunes enfants dans une modeste cabane de rondins qu’il a construite lui-même. Conscient de la nécessité du changement, il accepte de s’occuper d’une ferme, envoie ses enfants à l’école. Parmi son peuple, son prestige demeure immense. Le wild west show
    En 1885, il suit la première tournée du "Wild West Show"  dans les grandes villes de l’est, pour un salaire de cinquante dollars par semaine. Il se lie d’amitié avec Buffalo Bill. On se presse pour voir celui qu’on présente abusivement comme "le tueur de Custer". Il voit les villes, les foules immenses, toute la puissance des Blancs et se persuade de l’inutilité de la résistance.
    Il a appris à écrire son nom qu’il agrémente du dessin d’un petit bison. Il vend ses photos dédicacées et gagne ainsi un peu d’argent. Il remarque la misère des grandes villes. Il dit : "Les Blancs savent faire beaucoup de choses, mais il est une chose qu’ils ne savent pas faire, c’est partager". La danse des Esprits (1889-1890)
     

    En 1888, Sitting Bull s’oppose fermement au lotissement des terres des Sioux prévue par la Loi Dawes. Il rencontre même les chefs crows, les ennemis traditionnels des Sioux pour les dissuader d’accepter le lotissement de leurs terres. Il s’attire l’animosité de l’agent de la réserve James Mac Laughlin qui le présente dans ses rapports comme "le principal obstacle sur la route de la Civilisation".
     

    Quand apparaît la Danse des Esprits sur les réserves lakotas, il écoute les envoyés de Wovoka, mais garde une certaine distance vis-à-vis du mouvement messianique.  En octobre 1890, il demande à Kicking Bear, un Minnecoujou, de venir enseigner la Danse des Esprits aux Hunkpapas de Standing Rock.
    Lui-même n’y a probablement jamais participé. Mais quand Mac Laughlin lui demande d’intervenir pour mettre fin à la danse qui inquiète les Blancs, Sitting Bull refuse en disant : "Laissez mon peuple tranquille, laissez-le danser".
    L’agent Mac Laughlin, qui déteste Sitting Bull, persuade les autorités militaires qu’il est l’un des meneurs de la Danse des Esprits. Le général Miles envoie Buffalo Bill s’assurer de la personne de Sitting Bull, mais Mac Laughlin fait échouer le projet. Il obtient un ordre pour l’arrestation du chef hunkpapa et envoie la police indienne pour se saisir de lui.
     

    A l’aube du 15 décembre 1890, quarante-trois policiers indiens cernent la petite cabane, près de Grand River. Sitting Bull semble disposé à les suivre. Mais les cris de ses femmes ameutent les danseurs des esprits qui s’assemblent bientôt autour de la cabane et tentent d’empêcher l’arrestation de leur chef.

     

    L’un d’eux tire sur le lieutenant Bull Head qui, blessé, riposte en tirant sur Sitting Bull. Le sergent Red Tomahawk tire à son tour. Le chef  hunkpapa s’effondre, tué sur le coup. Un violent combat s’engage. Son fils Crow Foot, âgé de dix-sept ans, est abattu de sang froid. Une quarantaine de Hunkpapas, craignant des représailles, vont rejoindre les Minnecoujous de Big Foot en fuite vers l’agence de Pine Ridge.
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    Tim FERGUS

    Biographie de Jim Fergus

      

      

    Jim Fergus est né à Chicago mais a vécu en Floride jusqu'à l'âge de trente ans. Passionné de littérature, il choisit d'enseigner le tennis le temps de déterminer sa vocation définitive. Pour vivre au plus près de la nature, il s'installe dans le Colorado, et parcourt avec ses labradors les grands espaces.

      

    Il se consacre alors à la chasse, se prend d'intérêt pour les Indiens et découvre la culture Cheyenne. Pour gagner sa vie, il s'essaie au journalisme et écrit des articles sur la gastronomie, la chasse, la pêche et la nature dans les magazines 'Newsweek', 'The Paris Review', 'Esquire sportmen', 'Outdoor Life', etc.

      

    Ses articles lui donnent l'occasion de rencontrer Robert Redford et Jim Harrison qui l'encouragent à poursuivre ses travaux d'écriture. 'Mille femmes blanches' est son premier roman. Les publics français et américain sont conquis, et le livre obtient en 2000 le prix du premier roman étranger.

     

    'La fille sauvage' (Cherche-Midi, 2004) met en scène une jeune apache. Pour son troisième roman, sur lequel il travaille, Jim Fergus a choisi de livrer des souvenirs personnels.

     

     Résumé 

    Accompagné d'une délégation d'hommes de sa tribu, le " chef et grand homme-médecine " cheyenne Little Wolf entreprit au mois de septembre de l'année 1874 de traverser les terres américaines jusqu'à Washington dans l'intention expresse de négocier une paix durable avec les Blancs.

      

    Le chef indien fut reçu avec la pompe normalement déployée pour un chef d'Etat étranger.

    Le Chef alla droit à l'essentiel :

      

    " A cause du mal que vous avez apporté avec vous nous sommes maintenant peu nombreux.

      

    Le peuple disparaîtra bientôt comme les bisons de notre pays.

    C'est pourquoi nous avons l'honneur de demander le présent de mille femmes blanches.

      

    Nous les épouserons afin d'apprendre, à nous et à nos descendants, la vie nouvelle qu'il nous faudra mener quand le bison aura disparu.

      

    En échange des mille femmes blanches que vous nous confierez nous vous donnerons mille chevaux ".

     

    Après la tempête que cette proposition avait soulevée, le président et ses conseillers reconnurent en privé que le projet d'intégration prôné par Little Wolf n'était pas dénué d'un certain sens pratique.

      

    Ainsi naquit le programme secret " Femmes Blanches pour les Indiens " ou FBI comme on l'appela dans le cercle présidentiel.

     

    Les hommes du président apaisèrent leur mauvaise conscience en stipulant que les femmes associées à l'audacieux projet seraient toutes volontaires et qu'elles bénéficieraient de la tutelle de l'Eglise.

    On alla donc recruter des femmes dans les prisons et les pénitenciers, auprès des insolvables et dans les asiles de fous.

      

    On leur offrit l'absolution ou la liberté sans condition, sous réserve, biens sûr, de s'enrôler. Au début de mars 1875 des convois semblables quittèrent les gares de New York, Boston, Philadelphie et Chicago.

    Le 23 mars 1875, une jeune femme répondant au nom de May Dodd fêtait son vingt-cinquième anniversaire. Ancienne patiente de l'asile d'aliénés privé de Lake Forest, elle prit place avec 47 autres volontaires dans un train à destination de Camp Robinson dans le territoire du Nebraska.

     

    Les journaux intimes de May Dodd, retrouvés à la réserve indienne de Tongue River, au sud-est du Montana, témoignent de son aventure parmi les Cheyennes.

     

    " Aujourd'hui je m'apprête à tourner le dos à un passé sombre et agité, pour faire place à un avenir terrifiant, incertain.

     

    Ma famille m'a placée dans un asile d'aliénés parce que je l'ai quittée pour vivre hors des liens du mariage avec un homme qu'elle considérait d'un rang inférieur au mien. Ils m'ont arrachée à lui et à mes deux enfants.

     

    Aujourd'hui le prix à payer pour échapper à l'enfer quotidien de l'hôpital me semble relativement modeste.

      

    C'est ainsi que nous avons entrepris ce long voyage.

      

    Ce pays extraordinaire qui défile sous mes yeux j'en subis la fascination, la solitude, la désolation.

      

    Après le long confinement que j'ai enduré, le spectacle d'une telle liberté me paraît plus merveilleux encore.

     

    Nous voilà enfin à Fort Laramie, l'endroit le plus sale, le plus misérable, le plus perdu que Dieu ait bien voulu nous donner !

     

    Aujourd'hui j'ai pu m'asseoir à la table du capitaine John G. Bourke, à qui la responsabilité de notre groupe a été confiée jusqu'au terme de ce voyage.

      

    Le capitaine n'ignore rien de la vraie nature de notre mission - ce qui n'implique pas pour autant qu'il approuve.

      

    S'il n'est âgé que de vingt-sept ans, le capitaine Bourke est déjà un officier de haut rang, héros de guerre, décoré de la Médaille d'Honneur. Issu d'une bonne famille bourgeoise de Philadelphie, c'est un gentleman accompli et fort cultivé. Il respire l'intelligence et la sensibilité.

      

    Voilà que promise à un homme que je ne connais pas encore, je m'éprends d'un autre que je ne peux avoir.

     

    Nous reprenons enfin la route, dans des chariots à mules, escortées par l'énergique compagnie que dirige le capitaine Bourke.

      

    Le printemps resplendissant offre aujourd'hui une touche réjouissante à notre difficile traversée.

      

    Ce soir au dîner, dans la tente du " mess ", la conversation a tourné une fois de plus autour des Cheyennes.

     

    alt=Description de cette image, également commentée ci-après

    Le Chef Wolf Robe

      

      

    Le capitaine admet, quoique avec mauvaise grâce, que leur tribu fait montre d'une certaine supériorité sur les autres races d'Indiens d'Amérique.

      

    C'est un peuple élégant, fier et indépendant qui est resté fidèle à lui-même autant qu'il a pu malgré les vicissitudes du temps.

      

    Bien plus que les autres tribus, quelles qu'elles soient, les Cheyennes ont évité les missionnaires, les agences indiennes de l'état et, de façon générale, tout contact avec les Blancs. Ce qui leur a permis de moins se " dégrader " que les autres.

    Ce soir là je fus invitée dans la tente du capitaine et la chose prit quelque allure de scandale dans notre petite communauté, bien que la soirée se poursuivit en toute innocence… ou quasiment…car nous sommes l'un et l'autre bien conscients de la nature de nos sentiments. Passer du temps ensemble équivaut à souffler sur les braises de ce qui ne doit pas être. Nous nous sommes toutefois contentés de la lecture de Shakespeare.

     

    Seigneur Dieu, nous les avons vus aujourd'hui ! Notre peuple adoptif.

      

    Une escouade est venue nous examiner comme on le ferait d'un lot de marchandise, ce que de fait, nous sommes précisément.

      

    J'ai réussi à distinguer 53 individus, tous des hommes, chevauchant des montures dont ils semblaient le prolongement naturel. Ils ont fait irruption comme les membres d'un seul corps, un diable de poussière galopant et tourbillonnant.

      

    Les Indiens étaient seulement venus inspecter notre contingent, juste avant notre " transfert ". Un terme bien peu romantique, s'il en est !

      

    Les Cheyennes viendront nous chercher demain peu après le lever du soleil.

     

    Le capitaine Bourke m'a fait chercher et a essayé de me faire renoncer à cette folie. Son désarroi semblait si sincère.

      

    Ce soir là le capitaine et moi nous nous somme laissé emporter par la force de nos sentiments….

      

    Quelle étrange propension est donc la mienne, de m'attacher aux hommes pour lesquels je ne suis pas faite : un contremaître d'usine, un capitaine d'armée, catholique et fiancé, et demain un chef indien.

      

    Bon Dieu, je suis peut-être folle après tout…

     

    Je vais être l'épouse du chef, car le premier homme de la tribu m'a choisie pour femme. Il s'appelle Little Wolf, le même qui a été reçu par le président Grant.

      

    Je dois dire que, au regard des autres sauvages, il n'est pas vraiment désagréable à regarder.

      

      

    Ce n'est plus un jeune homme et il doit avoir quelques années de plus que moi…., disons la quarantaine.

      

    Mais en parfaite santé, physiquement superbe, avec des yeux très sombres, presque noirs, des traits puissants et l'allure farouche d'un loup. Il me paraît cependant être un homme bon, dont le parler élégant et doux me ferait presque oublier la laideur de la langue indienne.

     

     

    Tim FERGUS

      Femme sioux - Alice Lone Bear.

    Je crains que le capitaine n'ait eu raison, toute cette affaire n'est que folie. Une grave erreur. C'est exactement comme si je m'étais installée dans une tanière avec une bande de loups.

      

    Je trouve au-delà de toute perversité de devoir partager une tante avec en sus de mon futur mari, ses deux autres épouses, une vieille bique et une jeune femme, un garçonnet et un bébé.

      

    Je saurais difficilement décrire l'odeur de tous ces corps si proches les uns des autres.

      

    Le sentiment que j'éprouve est d'avoir mis les pieds dans une autre forme d'asile, celui-ci étant le saint des saints de la folie.

    Je me réveille seulement de cette expérience. Je ne me retrouve pas, j'ai peur de ne plus jamais être le même.

    La nuit de mon mariage j'ai été droguée, tous mes sens assaillis, et moi-même dénudée jusqu'à l'essence de mon être, jusqu'à mon cœur sauvage et animal.

    Mes coépouses avaient confectionné à mon intention la plus belle robe de mariée qu'il m'ait été donné de contempler - cousue de fil de tendon, délicatement brodée, parée de perles, de piquants de porc-épic, et teinte de fort jolis motifs de différentes couleurs extraites de racines.

      

    Si nous avons cru être parées des plus beaux costumes et de plus belles peintures, nos hommes étaient habillés et grimés de manière plus fantastique encore. Mes amies et moi restions ensemble, par petits groupes, collées les unes aux autres comme des poussins effrayés. Voilà bien à quoi nous ressemblions avec nos visages peints et nos robes de toutes les couleurs.

    La musique… son rythme bat encore dans ma tête, pulse le long de mes membres, les danseurs tourbillonnent à la lumière des feux, sur les crêtes et les collines, les coyotes reprennent et anticipent la même scansion du clair de lune.

      

    Même notre asile d'aliénés, un jour de déchaînement n'aurait jamais suffi à nous préparer un tel spectacle.

     

    Un enfant grandit dans mon corps.

    Est-ce possible ? Ou n'est-ce également un rêve ?

    Le lendemain de nos épousailles, mon époux et moi, nous partîmes au loin. Je n'avais aucune appréhension à quitter le village.

      

    Je me sentais parfaitement protégée, à l'abri du danger en compagnie de mon mari. Notre nouveau monde me semblait ce matin-là d'une douceur indicible.

      

    Nous sommes restés près du feu la moitié de la nuit à converser, moi en anglais, lui dans son algonquin natal.

      

    Et c'est sans doute nos cœurs, à défaut de nos esprits, qui se sont entendus.

    Si Harry a été l'étincelle, vive mais capricieuse, qui révéla ma féminité, John Bourke fut l'étoile de mes vœux, intense et éclatante.

      

    Maintenant voici Little Wolf, le feu de mon foyer, qui m'offre sa chaleur et sa sécurité… cet homme est mon mari et je serai pour lui une épouse fidèle et bonne. Je donnerai le jour à ses enfants.

    Après notre retour au camp, des visiteurs du Sud, des " parents " cheyennes sont arrivés et le village est en pleine effervescence.

      

    Les festivités marquent le début de la saison de la chasse.

      

    Les sauvages aiment organiser des fêtes au moindre prétexte.

      

    Seminole, un sang mêlé qui me reluquait avec une expression écœurante d'équivoque familiarité, leur offrit du whiskey.

      

    Jamais je n'ai vu des hommes passer aussi rapidement d'un état à un autre.

    J'appris cette nuit-là que non seulement les sauvages sont esclaves du whiskey, mais en plus ils le supportent terriblement mal.

    Des feux de joie essaimaient partout, des bagarres éclataient, les danses prenaient une allure dépravée sur une musique hystérique qu'on aurait cru sortie des entrailles de l'enfer.

     

    Le révérend chez qui nous nous étions réfugiées nous dit " Le whiskey est l'arme avec laquelle Satan s'empare de leur âme.

    Ca les rend fous. Vous n'imaginez pas les atrocités dont ils sont capables dans cet état. Ils n'ont plus de limites.

      

    Le seul espoir, la seule défense possible, consiste à se faire totalement invisible à leurs yeux. "

     

    Si l'enfer est sur terre, j'ai bien cru cette nuit parcourir ses labyrinthes en m'enfonçant une nouvelle fois dans le camp. Comme si le monde entier venait, au sens religieux du terme, de perdre la grâce, comme si l'on nous avait abandonnées ici pour assister à son avilissement final.

      

    Jamais encore je n'avais ressenti aussi âprement la précarité de notre situation.

      

    Des viols furent perpétrés cette nuit là et sans l'intervention de mon amie Gertie, j'aurais moi-même subi le même sort.

     

    A l'aube un étrange silence avait recouvert le camp. Tout semblait à nouveau calme, paisible, comme si la terre ne devait être qu'un vaisseau sur l'eau, parvenant à retrouver son équilibre après une nuit de tempête.

    Cela fait maintenant plusieurs semaines que nous voyageons. Nos déambulations peuvent paraître erratiques, mais elles suivent une logique bien établie.

      

    Les camps s'organisent et se déplacent avec une efficacité qui me rappelle les histoires que ma Mère me racontait à propos de bohémiens d'Europe.

      

    Nous sommes presque devenues des vraies indigènes, on a peine à nous distinguer de nos sœurs cheyennes et nous aurons bientôt la même couleur de peau.

    La chasse s'est révélée fructueuse et notre " garde-manger " est plein, non seulement de viande de bison, mais aussi de wapiti, de daim, d'antilope, de différents petits gibiers, et de truites !

      

    Nous disposons déjà d'une vaste quantité de peux, qui assureront le confort de la tribu ou serviront plus tard de monnaie d'échange dans les comptoirs où nous nous approvisionnerons en café, sucre, tabac, tissus, poudre à canon, bijoux, ustensiles de cuisine et autres produits de notre culture qui ont la faveur des Indiens.

     

    Sur les rives du fleuve Tongue des guerriers Crows, les ennemis ancestraux des Cheyennes, nous sont tombés dessus alors que nous trouvions seules au bord de l'eau. Ils nous ont enlevées, battues, violées. Je ne sais d'où, à un moment donné le couteau est sorti.

      

    Je vis seulement la lame briller dans la main de la petite Sara, puis s'enfoncer dans la gorge de l'homme qui se couchait sur elle. Il émit un gargouillis de stupeur, se débattit pour saisir la poignée de l'arme et parvint finalement à la déloger de son cou d'où le sang coulait en cascade. Mais avant de retomber mort sur la jeune femme, il réussit dans un dernier souffle à l'égorger à son tour et toute vie s'évanouit de Sara. Terrible instant.

     

    Les Cheyennes ont attaqué à l'aube après ce qui fut le plus terrible vingt-quatre heures de nos vies.

      

    Les Crows avaient à peine quitté leurs abris qu'ils étaient déjà abattus, massacrés dans le tumulte de leurs cris de surprise et les hurlements meurtriers des nôtres.

      

    Menant lui-même la charge, mon mari Little Wolf n'avait plus rien d'un homme : incarnation du dieu de la vengeance, c'était un animal, un ours sans peur et sans pitié. Mû par une fureur divine, armé d'un bouclier et d'une lance, il fondit à cheval sur l'ennemi.

    Nous voilà repartis. Nous avons fait une halte à Fort Laramie où notre convoi s'est arrêté pour faire un troc au fort.

    J'ai revu le capitaine John Bourke qui m'a chargée de convaincre mon mari de livrer son peuple à l'Agence indienne avant l'hiver. " Maintenant on dit qu'il y a de l'or dans les Black Hills. Ca va être la ruée, dit-il.

    Tous les prospecteurs, les colons, les boutiquiers, les filles de joie, vont demander à l'armée de les protéger des Indiens.

    Ces terres appartiennent aux Sioux et aux Cheyennes.

    Ils peuvent s'y déplacer et chasser tant qu'ils veulent.

    Les Indiens ne vont pas apprécier de voir des Blancs se mettre à courir dans tous les sens, tirer des coups de feu partout et effrayer les bisons et le gibier. Ca va être la guerre. Je ne veux pas que vous restiez au milieu de tout cela ". Le capitaine paraissait préoccupé.

    " Je ne veux pas quitter mes amies ".

    Lui ai-je répondu. Nous partons ce matin. Je suis une squaw.

    Plus nettement que jamais, j'ai pris conscience ce matin dans le vent persistant que mon engagement personnel était pour toujours scellé par le petit cœur qui battait maintenant dans mon ventre ; qu'il m'aurait été inconcevable de rester au fort, quand bien même j'en aurais eu envie.

      

    Et cependant je me fais l'avocate d'une soumission paisible, dans l'intérêt d'un avenir harmonieux - et c'est sans doute une vision idéaliste que j'entretiens car elle est, il est vrai, sans précédent dans l'histoire de l'humanité. Mon amie Phemie, de son côté, prend parti pour la résistance, l'intransigeance - elle milite auprès de son mari et de sa société guerrière contre le principe de la réserve, contre l'invasion de l'homme blanc, contre l'armée américaine.

    Tim FERGUS

    Je n'ai jamais rien vu de plus beau que ces Black Hills. Couvertes de pin, de sapin, de genévriers, elles foisonnent de toute sorte de gibier. Nous campons depuis plusieurs jours à proximité de la montagne appelée Novanose. Les sauvages s'adonnent ici à de nombreux rites religieux - fêtes, danses, transes, recherche de visions et hallucinations.

      

    Les tambours résonnent quasiment sans cesse.

      

    Un grand nombre de ces cérémonies sont trop élaborées, trop complexes pour être comprise par le néophyte. Les jeune procèdent à différentes mutilations de leur corps, aussi révoltantes les une que les autres. Nous avons fourni des efforts considérables pour nous adapter à cette nouvelle vie, nous accommoder d'une autre religion, mais ces pratiques primitives ne peuvent qu'inspirer de dégoût et la répulsion à un être civilisé.

    Enfin ce fut un vrai retour au pays que de retrouver le campement d'hiver. Notre campement d'hiver est situé dans une ravissante vallée herbeuse au confluent de Willow Creek et de la partie supérieure de la Powder River. La vallée semble offrir tout ce dont nous pouvons avoir besoin - assez d'herbe pour les chevaux, de l'eau vive et une ample réserve de bois et de peuplier pour le feu.

      

    Plusieurs importants troupeaux de bisons, ayant eux aussi domicilié leurs quartiers d'hiver dans le voisinage, paissent avec la placidité des vaches domestiques dans les riches pâtures automnales.

     

    Tim FERGUS

    Ma fille est née et ce n'est pas une Indienne.

      

    C'est un petit bébé blanc, elle a la peau claire et les joues roses des Irlandaises. Dieu du ciel, c'est l'enfant de John Bourke ! Little Wolf accepte naïvement que l'enfant soit le sien.

      

    " Maheo, dit-il, nous a envoyé un petit bébé Jésus Blanc pour guider notre peuple vers la terre promise ".

    Le peuple a fini par composer une religion hybride qui emprunte à la fois à leurs croyances et au christianisme et ce n'est pas plus absurde qu'autre chose.

     

    Voici donc que mon bébé que j'ai appelé Wren, la propre fille de John Bourke, est considéré comme un enfant sacré. On l'a nommée " Celle Qui Vient Nous Sauver ". Maheo, Dieu lui-même, a voulu offrir au Peuple cheyenne une petite Blanche qui ouvrira les portes d'un nouveau monde à la prochaine génération.

    Ce matin Gertie est venue nous informer que les troupes de Crook avec 350 éclaireurs indiens avec eux, des Indiens que l'on nomme " les loups " parce qu'ils sont passé de l'autre côté, se dirigent vers notre campement. Ils sont chargés d'éliminer tous les Indiens hostiles de la région.

      

    Tous ceux qui ne se sont pas rendus à l'Agence au premier février sont par définition considérés comme hostiles.

      

    Dans une lettre que le capitaine m'a fait remettre par Gertie il nous somme de quitter le campement aussi vite que possible et de nous diriger vers le Fort Fetterman. Si nous restons l'armée ne fera pas de quartier.

    Little Wolf a tenu conseil. Nous partirons vers le Fort dès que le temps le permettra. Pour l'instant nous avons déployé un drapeau blanc en haut d'une loge au milieu du camp.

    Cette fois, tout est vraiment fini. Dès les premières lueurs du jour, telle la main vengeresse du Tout-puissant, les soldats ont fondu sur nous. J'ai reçu un coup de feu, j'ai peur de mourir vite, le village est détruit, incendié, le Peuple nu est parti se réfugier en courant dans les collines et se tapir dans les rochers comme des animaux.

    J'ai assez écrit et j'ai besoin de fermer les yeux un instant…

    Je suis tellement fatiguée…

    J'ai confié mon enfant à Marthe afin qu'elle le sauve, moi je ne puis plus me déplacer.

    J'attendrai ici qu'elle revienne avec le capitaine.

    Je lui ai également demandé de dire au capitaine " Bien avisé le père qui reconnaît son enfant… ". Je suis sûre qu'il comprendra.

     

    Ainsi se terminent les carnets de May Dodd. Bien des années plus tard, après un demi siècle, un jeune homme cheyenne du nom de Harold Wild Plums qui vit dans la proche réserve indienne de la Tongue River, les a un jour apportés à l'Abbé Antony de la Prairie qui était le père spirituel des femmes blanches à l'époque où le massacre s'est produit.

    Le jeune homme n'était autre que le petit-fils de May, le fils de Wren, il venait demander au moine d'écrire la fin de l'histoire sur les pages restées vierges du dernier carnet.

    L'abbé raconta comment, au matin de l'assaut, voyant son habit de moine, les soldats l'avaient épargné. Et c'est ainsi qu'il avait marché dans ce théâtre de mort et de destruction, cet enfer déchaîné sur terre.

      

    Il avait découvert May, morte adossée à la paroi rocheuse d'une grotte où elle s'était réfugiée. Tous les enfants nés des femmes blanches avaient péri à l'exception de deux : Wren, la fille de May et le fils de Marthe.

    Little Wolf fut blessé sept fois au matin de l'attaque, mais il survécut. Avec ses deux épouses qui avaient emmené Wren il conduisit sa bande de réfugiés de l'autre côté de la montagne.

      

    Les Cheyennes n'avaient plus rien. Leur esprit était brisé. Moins d'un mois plus tard, un grand nombre d'entre eux partit en désordre se rendre au Camp Robinson.

    Ses descendants vivent désormais dans une des HLM de béton du Ministère de l'Urbanisme dans la ville de Lame, au Montana située dans la réserve de Tongue River.

    Cela ressemble à un ghetto.

    Tim FERGUS

     

    Commentaires 

     

    Né en 1950 d'une mère française et d'un père américain, Jim Fergus, chasseur, pêcheur et cuisinier hors pair, est chroniqueur dans de nombreux journaux américains.

      

    Il a sillonné seul avec ses chiens le Middle West pendant plusieurs mois, sur les pistes des Cheyennes afin d'écrire ce livre. Mille femmes blanches est son premier roman est a obtenu le prix Femina du premier roman étranger.

     

    Cette épopée fabuleusement romanesque, qui s'inscrit dans la grande saga de l'Ouest américain, a été un événement lors de sa publication aux Etats-Unis. Elle a été encensée par les plus grand écrivains américains, dont Jim Harrison qui a salué " ce roman splendide, puissant et exaltant ".

      

    Les droits de ce livre ont été achetés par Hollywood.

    En 1875, un chef cheyenne demanda au président Grant de lui faire présent de mille femmes blanches à marier à mille de ses guerriers afin de favoriser l'insertion et de parvenir à une réduction des belligérances.

      

    Prenant pour point de départ ce fait historique, Jim Fergus retrace à travers les carnets intimes d'une de ces femmes blanches, les aventures dans les terres sauvages de l'Ouest de ces femmes recrutées pour la plupart dans les prisons ou les asiles psychiatriques. C'est à la fois un magnifique portrait de femme qu'il nous offre ainsi, un chant d'amour pour le peuple indien, et une condamnation sans appel de la politique indienne du gouvernement d'alors.

     

    Au début du livre le petit-fils de May raconte que personne dans sa famille ne lui avait jamais parlé de son arrière grand-mère May.

    Elevé dans les clubs de la haute bourgeoisie et dans les plus prestigieuses écoles, Will Dodd est devenu journaliste et rédacteur en chef du magazine local.

      

    En faisant des recherches pour un article sur les vieilles familles de Chicago, il a eu vent de la rumeur selon laquelle sa grand-mère May serait partie vivre avec les Indiens.

      

    Il faut dire qu'à la formule à la maison était devenue un euphémisme d'insanité. C'est à cette époque que Will avait décidé de retracer l'itinéraire complexe de son aïeule May. Ses recherches finirent par l'amener à la réserve indienne de Tongue River, au sud est du Montana. Ici il retrouva le petit-fils de May et de Little Wolf qui lui remit les carnets de sa grand-mère.

    Les carnets racontent d'abord la vie de May à l'asile d'aliénés où elle a été enfermée par sa propre famille, furieuse de l'avoir vue se lier avec un homme sans rang. A propos de sa vie à l'hôpital Maiy Dodd raconte " Vous me dites que je n'ai pas idée de la vie qui m'attend chez les sauvages, mais vous n'imaginez pas non plus celle que j'ai du subir.

      

    Quand chaque jour est la réplique exacte du précédent, qu'ils forment une chaîne sans fin de semaines sans soleil, sans espoir. Quoique que je trouve dans ce monde nouveau et étranger, ça ne peut pas être pire que l'ennui et la mélancolie de l'asile. Je n'y retournerai jamais. Je mourrai plutôt. "

    May est une jeune femme qui a l'habitude de suivre des voies peu conformistes, voire décriées, elle s'en fait même un plaisir et vu comme elle a été traitée par les gens soi-disant civilisés elle n'a pas tellement peur d'aller vivre chez les sauvages.

    A partir de ce moment-là elle décide de vivre chaque journée comme elle vient, et refuser tant les regrets que les inquiétudes pour l'avenir. Elle pense que de toute façon elle n'a aucun pouvoir sur hier ni sur demain et elle croit que pour rester saine d'esprit elle ne doit surtout pas chercher refuge dans le passé…cela reviendrait autrement à sombrer dans la folie.

    Chez les sauvages elle s'aperçoit qu'ils sont eux aussi rigoureusement à cheval sur le protocole.

      

    Et elle se rend compte qu'il se passe rarement de journées sans qu'elle viole quelque tabou bizarre, culturel ou autre.

      

    Comme de par le passé, prête à faire toute sorte de vagues sur le terrain des conventions, elle devient le cheveu sur la soupe de la bonne société sauvage. Et elle finit par être considérée comme celle par qui le scandale arrive.

    L'exemple de son père - aîné de l'Eglise presbytérienne, mais l'homme le moins chrétien qu'elle ait connu - lui a valu une forme de causticité à l'égard de toutes les religions organisées. Intrépide, téméraire, en toute occasion elle fait preuve de courage.

    Lorsqu'elle rencontre le capitaine Bourke et qu'elle s'éprend de lui elle ne culpabilise pas et suit l'appel de ses sens.

    Dans ses carnets elle nous parle beaucoup des Cheyennes évidemment.

    Les Cheyennes ont la réputation chez les autres tribus de compter parmi eux les plus beaux hommes des plaines, et les femmes les plus vertueuses. Les Cheyennes vivent en communautés restreintes qui se rassemblent à différents moments de l'année, d'une façon similaire aux grands vols d'oies migratrices. Dès le début elle comprend que ce sont des gens d'une terre différente et plus ancienne.

     

    Tim FERGUS

      

    Les Indiens sont un peuple démocratique et un peuple formidablement tolérant. May raconte

    " Si certaines de nos manières ou de nos coutumes semblent perpétuellement les amuser, ils n'ont encore jamais fait mine de les condamner ou de nous censurer. Ils se sont jusqu'ici montrés simplement curieux, mais toujours respectueux ".

    Contrairement au nôtres, les bébés indiens ne pleurent pas ; on dirait de petits paons décidés à ne faire aucun bruit pour ne pas trahir leur présence.

    Certains Cheyennes ont une connaissance limitée de la langue anglaise. Plus nombreux sont ceux qui parlent assez couramment un genre de français abâtardi, appris autrefois au contact de trappeurs et de marchands français, et qui, au fil des générations, a pris la forme d'un curieux patois, difficilement compréhensible pour nous.

    Les Cheyennes sont un peuple de chasseurs et de marchands, c'est pourquoi leurs trousseaux ne sont pas si différents des nôtres.

      

    On trouve chez eux, par exemple, des tissus, des couvertures, des boutons, ainsi que d'autres articles "" importés ". Au point que certains hommes se parent, assez ridiculement d'ailleurs, de tout un bric-à-brac mal assorti, récupéré chez les Blancs : vieux uniformes de l'armée et différents chapeaux, difformes et découpés.

    Les plumes d'aigle jaillissent du fond troué ! Les Indiens ainsi accoutrés ont tout l'air de petits enfants déguisés ; ils ressemblent plus aux clowns d'un carnaval qu'à des guerriers, leurs costumes hybrides empruntant différemment aux deux cultures.

     

    Lors de la cérémonie de mariage le Chef Little Wolf était splendide. Coiffé de cornes de bison, de plumes noires de corbeau tout autour de sa tête, elles-mêmes cernées d'une rangée de plumes d'aigles qui couraient le long de son dos comme deux grandes ailes.

      

    Il avait revêtu d'impeccables mocassins neufs, une fine tunique de peau de biche artistiquement décorée avec des cheveux humains. Il portait sur les épaules une cape de bison, teinte en rouge, sur laquelle étaient imprimés toutes sortes de motifs complexes.

      

    C'était l'image de l'Indien dans toute sa splendeur.

    Afin de se protéger du soleil brûlant de la prairie ils s'enduisent d'une concoction à base d'argile rouge sombre et de graisse ou de suif.

    L'origine du mot Peau-Rouge viendrait de cette coutume.

    Mais ils utilisent aussi une argile blanche et ceux qui la revêtent prennent alors une allure fantomatique.

    Un Cheyenne n'a pas le droit de tuer un membre de sa tribu.

    C'est ici le plus grand péché que puisse commettre un homme.

      

    A la fin du roman Little Wolf, pris de boisson, tua Jules Séminole (le sang mêlé qui avait à plusieurs reprises tenté de violer May).

      

    En punition de son crime il fut destitué de son statut de Chef de la Douce Médecine et il fut banni de son peuple.

    Les Cheyennes étaient un peuple riche. Ils possédaient beaucoup de chevaux, qu'ils allaient parfois voler chez leurs ennemis les Indiens Crows.

    May dit que si les Indiens ont peu contribué à la littérature et aux arts de ce monde, c'est sans doute qu'ils sont trop occupés à vivre - à voyager, chasser, travailler - pour trouver le temps nécessaire à en faire le récit ou à méditer sur eux-mêmes.

    Les sauvages ont un sens du spectacle peu ordinaire. Ils consacrent beaucoup de temps à leurs toilettes et à leur apparence, plus encore s'ils se préparent pour la guerre.

      

    Un guerrier doit s'efforcer d'avoir la meilleure allure possible lorsqu'il part au combat. Car, dans l'éventualité où il périrait il serait terriblement gêné de se présenter à son créateur, la Grande Médecine, en tenue négligée.

    May raconte que les Indiens qui se sont mêlés aux Blancs et vivent autours des forts ce ne sont plus que des épaves navrantes et disgracieuses. Ce sont pour l'essentiel des Sioux, des Arapahos et de Crows.

      

    Les hommes ne font rien d'autre que boire, jouer, mendier quand ils n'offrent pas les services de leurs pauvres femmes et filles en haillon, aux soldats, aux sang-mêlés contre une rasade de whiskey.

      

    Le contact de la civilisation blanche n'a réellement apporté à ces pauvres âmes que la ruine et le désespoir.

      

    Au contact de notre civilisation, dit a un moment donné le capitaine Bourke, l'Indien d'Amérique n'a imité que nos vices.

    Ce que nous risquons de créer en brouillant les frontières raciales, divines et naturelles, est un peuple à la dérive, dépossédé de lui-même, sans identité et sans but, en d'autres termes ni chair ni poisson, ni indien ni caucasien.

     

     

    May raconte :

      

    " A mesure que je m'initie à leurs croyances, je comprend plus nettement pourquoi ils ont montré si peu d'enthousiasme à embrasser la chrétienneté que leur offrait le bon révérend Dulapin, puisqu'ils disposent déjà d'une religion élaborée, parfaitement satisfaisante à leurs yeux, dotée d'un personnage messianique appelé Motse'eove. A la fois prophète et guide, il est la Douce Médecine lui-même.

      

    Loin d'être né dans quelque lieu distant et incompréhensible pour eux comme Nazareth, il a pour domaine cet endroit précis, Novanose, véritable cœur du pays cheyenne, dans tous les sens du terme. Qui s'étonnera maintenant qu'ils n'ont pas l'intention d'abandonner ces terres ? "

    Selon la légende, c'est là que la Douce Médecine est apparue au peuple il y a très, très longtemps, pour lui dire qu'un jour quelqu'un viendrait parmi eux, cette personne serait toute " cousue "

    (c'est ainsi que les Indiens se réfèrent aux vêtements des Blancs) et quelle détruirait en arrivant ce dont le peuple avait besoin pour vivre, c'est à dire qu'elle leur prendrait tout, le gibier et la terre elle-même.

    Si la religion indienne se base essentiellement sur des superstitions, la prophétie de la Douce Médecine gagne en crédibilité au vu des événements qui se sont produits.

     

    L'intérêt principal du roman réside dans le scénario.

      

    Bien conçu, bien ficelé, une vraie histoire pour le cinéma.

     

    Viennent ensuite les descriptions du peuple cheyenne, leurs mœurs si différentes des nôtres.

      

    Ce monde nous apparaît parfois barbare, absurde et cependant la plupart du temps les Indiens nous semblent si profondément humains et l'intégration même des femmes blanches se fait tout naturellement.

      

    En peu de temps elles deviennent de vraies cheyennes.

     

    Il y a en outre dans le roman des portraits de femmes blanches qui sont très singuliers. Les vicissitudes de leurs vies, leur destin individuel les a amenées à ce choix d'aller vivre chez les sauvages car leurs vies à elles étaient cruelles et insupportables.

      

    Elles ne pouvaient pas croire que cela pourrait être pire.

     

    Ainsi il y a Sara Johnston jolie, timide, elle est à peine pubère. C'est comme s'il lui manquait le don de la parole. Sans famille, elle se trouvait à l'asile depuis sa tendre enfance.

      

    On a dit à l'hôpital qu'elle pouvait être le fruit de quelque liaison du docteur avec une ancienne patiente.

    Elle retrouvera avec son mari indien l'usage de la parole juste avant d'être égorgée par un indien Crows.

     

    Les sœurs Kelly, deux jumelles rousses, elles avaient été incarcérées pour prostitution et vol qualifié après une sombre histoire avec un juge perverti. Abandonnées sur les marches de l'église à leur naissance elles ont grandi à l'orphelinat avant de s'y enfouir à 10 ans.

      

    Les Indiens étant des joueurs acharnés elles se sont improvisées bookmakers professionnelles et elles ont amassé une petite fortune en marchandises et en chevaux en organisant différents jeux et en prenant elles-mêmes part aux paris.

     

    Il y a Phemie, originaire d'Afrique.

    Elle a été vendue à un planteur de Georgie lorsqu'elle était enfant.

    Depuis elle rêve d'être une femme libre et tributaire de personne.

    Parmi les sauvages elle arrive à se réaliser, devient une vraie guerrière et s'épanouit complètement.

     

    Pour Helen Elisabeth Fligt, peintre, le fait de s'introduire chez les Cheyennes c'est l'occasion d'étudier les oiseaux des prairies de l'Ouest sans débourser un sou. Chez les sauvages elle devient leur femme oiseau-médecine.

      

    En effet, avant leur départ pour des excursions guerrières elle pare leur corps de fantastiques dessins d'oiseaux. Cela est supposé les protéger, ils croient que cela fait d'eux des guerriers invulnérables. Depuis Helen est très respectée, presque vénérée.

      

    En échange de son travail on lui offre toute sorte de présent : vêtements finement brodés, peaux d'animaux, bijoux, rênes de cuir torsadé, selles…

      

    A un moment donné elle dit :

      

    " C'est quand même une terrible ironie du sort, d'avoir attendu de me trouver ici au milieu de nulle part pour rencontrer la réussite et me faire correctement payer mes peintures ".

    Nous allons terminer par un court extrait du livre, une courte scène vivante et colorée qui nous emmène au cœur d'une fête indienne :

    "Se lançant dans une valse lente, elle partit en tournant sur elle-même rejoindre la foule des danseurs dans laquelle elle se perdit.

     

    Ainsi, l'une après l'autre, agrippées de notre mieux à un souvenir précieux, ne serait-ce qu'à un pas de danse connu comme à un garde-fou, aussi ténu fût-il, qui nous empêcherait de sombrer dans les abysses indigènes qui s'ouvraient devant nous, nous avons pris part à la danse.

    Nous avons dû offrir un drôle de spectacle à tourbillonner ainsi follement sous la lune pleine… de valses en polkas, et de polkas en gigues, jusqu'au cancan endiablé de notre

      

    jolie française Marie-Blanche.

      

    Car, peu importaient les pas que nous choisissions puisqu'ils se fondaient tous dans la même danse, toujours plus rapidement, dans une frénésie de couleurs, de mouvements et de sons. Bientôt tous les danseurs ressemblèrent aux oiseaux au jour de la parade, plume gonflées ou plissées.

      

    Les hommes se pavanaient comme des coqs et les femmes les émoustillaient de dos, revenant sur leurs pas, repartant en avant, décrivant d'autres rondes…

      

    La musique quant à elle reproduisait les grognements réguliers et tambourinants des grands tétras de la prairie, battant ainsi le rythme de la terre, ses battements de cœur, et dans les voix on entendait le tonnerre, le vent et la pluie…danse et cadence du monde. Les dieux au-dessus de nos têtes devaient se sentir fiers de leur création.

    Emplissant l'air sensuel de la nuit, la musique et les chants volèrent avec la brise dans les plaines alentour, de sorte que même les animaux des crêtes et des collines se sont rassemblés pour écouter et voir.

      

    Les coyotes et les loups ont répondu de leurs plaintes, tandis que des silhouettes d'ours, d'antilopes et de wapiti, sortis de leurs tanières, se dessinaient nettement à l'horizon sous la clarté lunaire. Les enfants les aperçurent derrière les braises du feu, envoûtés et un rien effrayés par cette soudaine folie en mouvement. Enfin, les vieux, observant une scène après l'autre, hochaient la tête entre

    eux d'une mine approbatrice.

    Nous avons dansé.

    Et dansé.

    Sous le regard du Peuple, les yeux des animaux.

    Même les dieux nous admirèrent.

     Tim FERGUS

     

     

     

     

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  • RESUME

    Washington, fin des annees 70. L'agent du FBI Ray Levoi, qui a un quart de sang indien dans les veines, est charge d'enqueter sur le meurtre d'un sioux Oglala dans les Badlands du Dakota. L'enquete s'avere difficile pour ce jeune citadin branche qui ne s'est jamais senti aucune affinite avec ses lointains ancetres. Il va va être adopté par une militante indienne et un vieux sorcier qui vont se charger de son éducation et réveiller en lui le sens des valeurs et des traditions oubliées.

     

    • Titre original : Thunderheart
    • Date de Sortie en salle : France : 11 novembre 1992 | USA : 03 avril 1992
    • Date de sortie du DVD : 4 février 2008
    • Genre : policier
    • Pays : USA
    • Durée : 1h59
    • Scénariste : John Fusco
    • Producteur : Robert De Niro, John Fusco, Michael Nozik, Jane Rosenthal
    • Distributeur : TrisStar Pictures
    • Musique : James Horner
    • Photographie : Roger Deakins
    • Effets spéciaux : Roy L. Downey, John K. Stirber, Ian O'Connor
    • Monteur : Ian Crafford
    • Chef décorateur : Dan Bishop
    • Costumes : Susan Lyall

    La commercialisation de Thunderheart fut facilitée par le fait que Robert de Niro avait crée avec des amis (dont le scénariste John Fusco) une société de production qui faisait bon accueil aux films peu commerciaux, car dérangeant l'ordre établi. De plus, Michael Apted reçut l'autorisation de filmer du Conseil Tribal de la Réserve après que le documentaire Incident à Oglala (produit et narré par Robert Redford , figure connue de la lutte pour les droits civiques des minorités opprimées ) ai démontré sa volonté de défendre la cause indienne Thunderheart reçut d'ailleurs en 1993 deux awards de la Political Film Society , l'un pour la qualité de l'intrigue, et l'autre pour son illustration d'une lutte pour les Droits de l'Homme.


    ACTEURS

    • Ray Levoi : Val Kilmer
    • Frank Coutelle : Sam Shepard
    • Jack Milton : Fred Ward
    • William Dawes : Fred Dalton Thompson
    • Graham Greene : Walter Crow Horse
    • Fred Ward : Jack Milton
    • Sheila Tousey : Maggie Eagle Bear
    • Ted Thin Elk : Sam Reaches / Grand père
    • John Trudell : Jimmy Looks Twice
    • Julius Drum : Richard Yellow Hawk
    • Sarah Brave : Maisy Blue Legs
    • Allan R.J. Joseph : Leo Fast Elk
    • Sylvan Pumpkin Seed : Hobart
    • Patrick Massett : Agent Mackey
    • Rex Linn : Agent FBI
    • Brian A. O'Meara : Agent FBI

    LIEUX DE TOURNAGE

    • Badlands National Park, Dakota du Sud, USA
    • Dakota du Sud, USA
    • Washington, District of Columbia, USA
    • Badlands National Park, Dakota du Sud, USA
    • Dakota du Sud, USA

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    les Peintres de l'OUEST

     

     

     

    "Seulement après que le dernier arbre aura été coupé,

    Seulement après que la dernière rivière aura été empoisonnée,

    Seulement après que le dernier poisson aura été pêché,

    Seulement alors tu découvriras que l'argent ne peut pas être mangé."

     

     

     

     

     

     

     

     

     

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  • les Peintres de l'OUEST

     

     

    Les Cree sont un ensemble de groupes d'indiens apparentés vivant au Canada (surtout) et aux Etats-Unis.
    Les Cree ne constituent pas une tribu à proprement parler.Il s'agit en réalité d'une vaste aire,qui prend en écharpe l'aire subarctique canadienne,du Labrador aux Rocheuses,avec une incursion dans les Plaines septentrionales,au sein de laquelle la langue est commune.
    On distingue quatre sous-groupe,selon à la fois les variations dialectales et la répartition territoriale:les Cree de la baie James (Québec),dont les caractéristiques sociales et culturelles sont très proches de celles des Montagnais et des Naskapi avec lesquels ils s'intermariaient;les Cree des marais (Swampy Cree) qui occupent les régions côtières de la baie d'Hudson (Ontario,Manitoba);les Cree des forêts (Manitoba,Saskatchewan) et enfin les Cree des plaines (Alberta, et Montana).
    A l'exclusion de ces derniers,qui adoptèrent à l'instar des autres groupes d'indiens des plaines un mode de vie fondé sur la chasse équestre au bison,les Cree du subarctique vivaient de chasse (élan,castor,gibier aquatique) et de pêche lacustre.
    L'organisation sociale des Cree reposait sur une alternance saisonnière.L'été,les groupes se rassemblaient afin de s'adonner à des rituels collectifs et de renouer leurs alliances matimoniales,tandis que l'hiver ils se dispersaient à travers leurs immenses territoires pour mieux en exploiter les ressources.
    Le Cree est une langue algonquine (ou algonqienne comme on dit au Québec) proche de l'ojibwa.Ces deux langues sont les deux seules langues indiennes canadiennes qui aient quelque chance de survivre.
    Très tôt,les Cree se sont engagés dans le commerce que leur proposaient les blancs:fourrures contre objets métalliques (couteaux,haches,casseroles,fusils).On pense que les Cree des plaines ont profité de la supériorité que leur conféraient les armes à feu acquises auprès des Anglais et de leur alliance avec les Assiniboine pour s'installer dans les plaines.Leur économie traditionnelle,comme celle des autres indiens,a été progressivement laminée.
    La population des Cree est de 4000 personnes en 1885.
    Leur réserve se trouve au Canada et au U.S.A. (Montana).

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  • Jacques Cartier

    Jaloux des richesses que l'Espagne et le Portugal retiraient de leurs colonies, François 1er nomma Jacques Cartier (1491-1557) à la tête d'une première expédition en 1534. Ce dernier devait découvrir de nouveaux territoires et fonder éventuellement un empire colonial. Lors de son premier voyage, Cartier planta à Gaspé, le 24 juillet 1534, une croix avec un écusson portant des fleurs de lys et, au-dessus, une inscription en français avec de grosses lettres: «VIVE LE ROY DE FRANCE». Lors de son second voyage (1535-1536), Cartier planta une autre croix à Stadaconé (près de Québec) avec cette inscription latine: «Franciscus primus Dei gratia Francorum rex regnat» (''François premier, par la grâce de Dieu, roi des Français, règne''), cette dernière inscription pouvant être lue par tout Européen de passage. Ensuite, il enleva le chef Donnacona, s’assurant ainsi d’avoir un témoin oculaire qui pourra raconter cette histoire à François 1er. Bien que ces découvertes soient inestimables, les voyages de Cartier au Canada (1534, 1535-1536, 1541-1542) se soldèrent, au point de vue de la colonisation, par des échecs, car au début du XVIIe siècle aucun Français n'était encore installé sur le territoire de la Nouvelle-France.

     

    Même si le navigateur français a échoué à fonder un établissement au Canada, il donna à la France des droits sur le territoire. Au plan linguistique, les voyages de Cartier contribuèrent à fixer très tôt la toponymie de l'est du Canada: les noms de lieu sont depuis cette époque ou français ou amérindiens. Cartier aura eu le mérite d'établir les bases de la cartographie canadienne et d'avoir découvert le grand axe fluvial – le Saint-Laurent – grâce auquel la Nouvelle-France pourra recouvrir, pour un temps, les trois quarts du continent nord-américain. En Acadie, certains toponymes français à l'origine deviendront plus tard anglais, soit après le traité d'Utrecht de 1713.

    Au sens strict, Jacques Cartier n'est pas le découvreur du Canada actuel, puisqu'il n'a pas parcouru le Nouveau-Brunswick, ni la Nouvelle-Écosse ni l'île du Prince-Édouard. En fait, Cartier fut le découvreur de la vallée du Saint-Laurent; il appellera le fleuve «rivière du Canada». Lors de ses voyages dans la vallée du Saint-Laurent, Cartier avait rencontré ceux que les anthropologues désigneront par les «Iroquoiens du Saint-Laurent» (ou «Iroquoiens laurentiens»), notamment à Stadaconé (Québec) et à Hochelaga (Montréal). Rappelons que c'est à Jacques Cartier qu'on doit le nom de Canada au pays: en entendant le mot iroquoien kana:ta, qui signifie «ville» ou «village», il crut que le terme désignait le pays tout entier. Cartier est l'auteur du premier Glossaire sur les langues amérindiennes au Canada; il est en annexe dans le Brief recit de la navigation faicte es ysles de Canada.

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  • La légende d'un peuple

     FRÉCHETTE, Louis.- La Légende d’un peuple. Poésies choisies. Première série. Avec une préface de Jules Claretie. Édition définitive, revue, corrigée et augmentée. Illustrations de Henri Julien. Montréal, Beauchemin, 1908. in-4° (26.2 cm) 370 p., ill. d’une pl. in-texte à pleine page, de 51 bandeaux et vignettes et de 20 culs-de-lampe par Henri-Julien. Reliure plein maroquin rouge vin, dos à quatre larges nerfs, filets droits et fleurs de lys dorées aux coiffes, plat. sup. orné d’un grand décor mosaïqué montrant un amérindien, un missionnaire, un soldat et un canon, les drapeaux français et anglais ainsi que le titre de l’ouvrage sur fond de chagrin, quadruple filets dorés entourant le décor. Tête dorée protégée d’un rebord de maroquin, tranches non rognées, large dentelle intérieure, couv. et dos conservés. (Reliure signée Edmond Fournier, vers 1930). Très bel état, sauf une réparation au ruban, p. 35. DOLQ I, 442-445. [ Troisième édition du principal recueil de vers du XIXe siècle canadien-français. Illustré par Henri Julien dans une reliure de maître. Edmond Fournier était le chef d’atelier de l’éditeur Beauchemin. Il forma Louis-Philippe Beaudoin, qui a été en 1922 le premier boursier québécois ayant étudié à l’École Estienne de Paris et ayant fondé l’École des Arts graphiques en 1942. Dans le numéro du 3 mai 1930 du Magazine illustré de La Presse (p. 23), on peut voir une reliure mosaïquée similaire par Fournier sur Les Anciens Canadiens de Philippe Aubert de Gaspé. À la France!
    Mère, je ne suis pas de ceux qui ont eu le bonheur d'être bercés sur tes genoux.
    Ce sont de bien lointains échos qui m 'ont familiarisé avec ton nom et ta gloire.
    Ta belle langue, j 'ai appris à la balbutier loin de toi.
    J'ose cependant, aujourd'hui, apporter une nouvelle page héroïque à ton histoire déjà si belle et si chevaleresque.
    Cette page est écrite plus avec le coeur qu 'avec la plume.
    (Louis Fréchette, Légende d'un peuple, 1887, Bibliothèque électronique du Québec, Jean-Yves Dupuis, 2002, Dédicace à la mère patrie, p. 6.)

    Cette dédicace de Louis Fréchette, ne nous fait-elle pas songer à l'envol du poète exilé, Victor Hugo, dans La légende des siècles: "Livre, qu'un vent t'emporte / En France où je suis né! / L'arbre déraciné / Donne sa feuille morte..." (Victor Hugo,
    La légende des siècles, 1859, préface).

    "La Légende d'un Peuple! Quel plus beau titre et quelle plus noble idée! Ce peuple canadien, dont le sang est le nôtre, le voici qui nous déroule, par la voix inspirée d'un de ses fils, les gloires, les sacrifices, les douleurs, les espérances de son histoire. - O notre histoire, écrin de perles ignorées! dit admirablement M. Fréchette. Et cet écrin, dont voici des joyaux historiques, c'est aussi notre histoire à nous, Français; oui, c'est l'histoire de nos pères morts, la richesse morale de nos frères vivants. La Légende d'un Peuple, c'est la légende de cette terre qui porta pour nom la Nouvelle France et qui l'a gardé, ce nom, comme un titre de fierté. Et, de Colomb à Riel, M. Louis Fréchette recueille pierre à pierre le collier des souvenirs." (Louis Fréchette, Légende d'un peuple, Préface par Jules Charletie, p. 8.)

    sources ; http://www.ph-ludwigsburg.de/html/2b-frnz-s-01/overmann/baf4/quebec/histoire/index.html#Les_Am

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  •  Les Amérindiens

    Chanson amérindienne 1, par Gilles Kowacs, métis montagnais, Quebec, Canada 2001
    durée : 3 min 02 s

    © TV5 / Claude Vittiglio
    Chanson mohawk 2, par Gilles Kowacs, métis montagnais, Quebec, Canada 2001  
    durée : 1 min 29 s

    © TV5 / Claude Vittiglio
      

    Portrait du chef iroquois Sa Ga Yeath Qua Pieth Tow (baptisé Brant). John Verelst (vers 1648-1734). Huile sur toile, 1710. Archives publiques du Canada, Ottawa : Division de l'iconographie (négatif n° C-92419).

    « Au moment de l’arrivée des Blancs, ils étaient répartis en groupes organisés, « familles » ou « nations ». Certains étaient nomades, tels les Montagnais, les Micmacs, les Cris et les Outaouais. D’autres avaient déjà opté pour la sédentarisation: la famille iroquoienne vivait dans des maison longues et des villages palissadés. Pour les uns, la chasse et la pêche fournissaient l’essentiel de l’alimentation. Les autres y ajoutaient des produits agricoles, tels les courges ou le maïs, que les Européens appelleront blé d’Inde.

    Parfaitement au climat, les Amérindiens savaient s’habiller légèrement de peaux souples, se chausser de mocassins et de raquelltes  se déplacer le long des « chemins qui marchent » avec des canots d`écorce. Ils fumaient aussi le tabac, une de ces solanés du continent nord-américain promises à un grand avenir comme la pomme de terre et la tomate.» (TETU De LABSADE, Franςoise (1990): Le Québec. Un pays, une culture, Montréal : Boréal/Seuil : 41-42.)

     

    Connaissance des Indiens
    Les autochtones nord-américains sont connus grâce aux écrits et en particulier aux récits de voyage des missionnaires, officiers ou voyageurs français. Ces agents français connaissent le territoire grâce aux autochtones qu'ils essaient de répertorier en groupes, à l'aide de noms de tribus parfois totalement inventés. Pour chiffrer cette population, les administrateurs s'efforcent de dénombrer les guerriers. En général, les Français s'intéressent aux cultures autochtones par curiosité et par goût de l'exotisme. Le mythe du « bon sauvage » a également été créé. Celui-ci permet par un jeu d'opposition entre le « sauvage » et l'homme occidental de critiquer indirectement ce dernier. Le désir fondamental de ces explorateurs (de l'officier militaire au jésuite) est de civiliser les Indiens et de les convertir à la « vraie foi », le catholicisme. Mais pour cela il leur faut gagner la confiance des autochtones ce qui les pousse à apprendre leur langue, leurs mœurs, et qui a certainement abouti au bon fonctionnement de l'alliance franco-indienne.

    Le métissage
    Les unions entre Français et Indiens ont été encouragées tout au long du XVII° siècle. Elles peuvent avoir plusieurs formes : concubinages, mariages chrétiens ou encore mariage selon le rituel indien. Le but est de pallier le manque de femmes blanches et d'intégrer les Indiennes à la société. Les militaires fréquentent également très souvent les Indiennes qui les font profiter de leurs savoirs (nourriture, vêtements, plantes médicinales). Ainsi les explorateurs et coureurs des bois s'indianisent au contact des Indiens et font naître le mythe de l'indien blanc. Cette rencontre aboutira soit à la métamorphose du Blanc en une créature hibride, à mi-chemin entre les deux cultures, soit à l'annihilation de l'Indien par la réclusion dans une réserve.

    Les alliances franco-indiennes

    L'Amérique dite « française » mériterait plutôt l'appellation d'Amérique « franco-indienne » au vu de l'importance de ces derniers dans divers domaines : alliés militaires, guides, fournisseurs de peau et de nourriture et enfin partenaires sexuels.

    La fondation des alliances
    Au XVI siècle, les tentatives de colonisation se soldent le plus souvent par des échecs. Ils sont dûs en partie à la volonté des Français de s'imposer en dominateurs et parfois même en arbitres chez les autochtones. A la fin du XVI° siècle, les Français optent pour une politique d'alliance avec les Indiens (1603 : tabagie de Tadoussac réunissant Français et Montagnais, Algonquins, Etchemins). Un immense réseau diplomatique se met alors en place, avec des échanges de fourrures contre des produits européens. Les Français s'allient en particulier avec les Hurons en 1609, mais la confédération huronne est détruite par les Iroquois, alliés des Hollandais, en 1648-50. Le réseau des Français s'élargit alors géographiquement, car privés de l'intermédiaire des Hurons, ils doivent aller directement au contact des autochtones. Ces alliances sont entretenues par la présence d'officiers français et par les visites d'ambassadeurs autochtones aux gouverneurs français.

    L'alliance militaire
    En s'alliant avec les Indiens, les Français se doivent de participer à leurs opérations guerrières comme Champlain qui suit les Hurons et leurs alliés sur la piste de leurs ennemis, ce qui augmente d'ailleurs son prestige de chef de guerre. Inversement les Français se servent aussi de la force de leurs alliés indiens dans leurs combats contre les Iroquois et les Britanniques. Une paix durable entre Français et Iroquois est finalement conclue en 1701 à Montréal. Les auxiliaires autochtones sont en effet indispensables, comme force numérique mais aussi comme guides. Cependant les Indiens ne s'enrôlent pas dans l'armée française mais rendent plutôt des services « occasionnels » qu'ils se font payer. Les tensions franco-indiennes restent présentes, notamment en Louisiane.

    « Civiliser » et convertir
    Entre 1620 et 1680, Champlain puis Colbert mènent une politique d'assimilation et de soumission des dits « Sauvages » considérés comme sans loi, sans roi, sans police, sans science ni religion. La francisation passe par l'éducation des jeunes Indiens placés dans des pensionnats vite désertés et par la tentative de fixation des tribus nomades, elle aussi un échec. Le métissage conduit le plus souvent à l' « ensauvagement » des Français. Les missionnaires se heurtent aux traditions indiennes et échouent également dans leur entreprise de conversion, les Indiens n'adhérant que superficiellementau dieu chrétien. La francisation n'a donc pas abouti.

    Vivre ensemble
    Les Français vivent tout de même à proximité, voire parmi les Indiens, ce qui suscite d'importants transferts culturels. Les autochtones sont en effet attirés par la commodité des objets européens. Les Français afin d'améliorer leurs conditions de vie dans le pays, s'initient aux langues indiennes, chaussent des mocassins, fabriquent des canots. Certaines traditions grossières font également l’objet d’un transfert : des officiers allant parfois jusqu’à scalper leurs ennemis.

    (Pour approfondir cf. Delâge, Denis,1990: Le pays renversé. Amérindiens et Européens en Amérique du Nord-Est 1600-1664. Montréal : Boréal; Vincent, Sylvie/ Arcand, Bernard, 1979: L’image de l’Amérindien dans les manuels scolaires du Québec. Comment les Québécois ne sont pas des sauvages. Montréal : Hurtubise HMH; Trigger, Bruce-G., 1990: Les Indiens, la fourrure et les Blancs. Paris, Montgréal : Seuil, Boréal.; Trigger, Bruce-G.,1992 : Les Amérindiens et l'âge héroïque de la Nouvelle-France. Éd. rév. 1989. Ottawa: Soc. Historique du Canada; Dickinson, John,1982 : « La guerre iroquoise et la mortalité en Nouvelle-France 1608-1666 ». Revue d’histoire de l’Amérique française 36,1 : 31-54. - Le Jeune, Père Paul (supérieur de la residence de Kebec) (1635): Relation de ce qui s'est passe en la Nouvelle-France en l'annee 1634. Envoyee au R. Pere [Barth. Jacquinot], provincial de la Compagnie de Jesus en la province de France. (cf. Gallica.bnf.fr.), - Lafitau, Joseph-François (1724): Moeurs des sauvages ameriquains, comparées aux moeurs des premiers temps.Ouvrage enrichi de figures en taille-douce ; tome premier[-second]. A Paris : Chez Saugrain l'aîné ... : Charles Estienne Hochereau. (cf. Gallica.bnf.fr.)
      
      
     
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    Les «filles du roy».. les jeunes filles à marier

     

    On ne fonde pas une colonie en envoyant des militaires et de jeunes hommes célibataires. Ils reviendront tous. Or, comme partout en Nouvelle-France, l'élément féminin de la population du Canada était trop minoritaire (376) par rapport à l'élément masculin (639). Une telle politique intensive de peuplement ne pouvait réussir que si elle s'appuyait sur une politique de mariages. Pour ce faire, il fallait des femmes.

    - La politique de mariages

    Entre 1665 et 1673, le roi de France fit donc passer près de 900 filles au Canada afin de procurer des épouses aux colons. Le roi devait financer le voyage et doter chacune des candidates pour une somme variant entre 100 (cinq seulement) à 500 livres (deux seulement) par fille (selon la classe sociale), soit l'équivalent d'au moins 200 jours de travail d’un ouvrier (jusqu'à deux ans). Les filles destinées aux colons recevaient généralement une dot de 50 livres (50£), soit 100 jours de salaire. À cet octroi statutaire s'ajoutaient d'autres frais jugés essentiels. En plus des vêtements, il devait être fourni une cassette (coffre), une coiffe un mouchoir de taffetas, un ruban à souliers, cent aiguilles, un peigne, un fil blanc, une paire de bas, une paire de gants, une paire de ciseaux, deux couteaux, un millier d'épingles, un bonnet, quatre lacets et deux livres (2£) en argent sonnant. Parmi les conditions d'acceptation, les filles du roy devaient être âgées entre 16 et 40 ans, et n’être «point folles» ni «estropiées». En principe, il fallait de «jeunes villageoises n'ayant rien de rebutant à l'extérieur et assez robustes pour résister au climat et à la culture de la terre». En fait, la moitié des filles du roy viendront de la région parisienne. Les autres seront originaires de la Normandie, de l'Aunis, du Poitou, de la Champagne, de la Picardie, de l'Orléanais et de la Beauce. Une fois au Canada, l'intendant de la Nouvelle-France remettait à chacune des filles à marier «la somme de cinquante livres, monnaie du Canada, en denrées propres à leur ménage». Au total, moins d'une cinquantaine de filles du roy seront sélectionnées avec une dot importante pour épouser un officier des régiments royaux et un bourgeois (fonctionnaire).  

     

     

      

     

    L'arrivée des premières «filles du roy» suscita une certaine résistance dans la colonie où, semble-t-il, la décision d'organiser des mariages fut au début mal perçue. Encore en 1670, l'intendant Jean Talon faisait allusion à la résistance de curés qui pouvaient hésiter à bénir les mariage hâtifs:

    Si le Roi fait passer d'autres filles ou femmes veuves de l'ancienne en la nouvelle France, il est bon de les faire accompagner d'un certificat de leur curé ou du juge du lieu de leur demeure qui fasse connaître qu'elles soient libres et en état d'être mariées, sans quoi les ecclésiastiques d'ici font difficulté de leur conférer ce sacrement, à la vérité ce n'est pas sans raison, deux ou trois doubles mariages s'étant ici reconnus, on pourrait prendre la même précaution pour les hommes veufs. Et cela devrait être du soin de ceux qui sont chargés des passagers.

     

    Devant ces difficultés, le ministre Jean-Baptiste Colbert tentait de rassurer l'intendant Talon à propos de la qualité des jeunes filles. Le 11 février 1671, il écrivit ce qui suit à Talon:

     

     

    J'ai aussi donné ordre de vous envoyer des certificats des lieux où les dites filles seront prises, qui feront connaître qu'elles sont libres et en état de se marier sans difficulté.

      

     

    - Les origines des émigrantes

    Or, les futures épousées, généralement les «filles du roy», étaient des orphelines élevées par des religieuses aux frais du roi dans les grands couvents et les Maisons d'éducation de Paris, Dieppe, Honfleur et La Rochelle. On sait aujourd'hui que 23,9 % d'entre elles étaient originaires de l'Île-de-France, 19,4 % de l'Aunis, 14,9 % de la Normandie. Les autres provenaient surtout de la Bretagne, du Perche, du Poitou, de la Picardie, de la Saintonge, de la Champagne, de l'Anjou et de la Bourgogne.

    Près de 90 % de ces filles à marier étaient issues de familles de petits fonctionnaires, de militaires, d'artisans et de paysans (en petit nombre); le reste provenait de la petite noblesse et de la bourgeoisie. Elles constituaient, pour l'époque, une sorte d'élite «sagement élevée» et «formée aux travaux d'une bonne ménagère», et elles n'étaient pas nécessairement mieux instruites que la plupart de leurs contemporaines, mais elles avaient acquis un niveau d'éducation normal pour leur l'époque. Le problème avec les filles du roi vient du fait qu'elles paraissaient en général «assez délicates», «peu robustes», «élevées en vue du service des grandes dames». Les émigrantes étaient concentrées dans des régions qui se trouvaient relativement à proximité de la capitale; de plus, les trois quarts des émigrantes venaient de centres urbains. En effet, près de 20 % d'entre elles étaient originaires de l'Île-de-France, dont une bonne partie de la Salpétrière (50 %), qui dépendait de l'Hôpital général créé par Louis XIV.

    Le ministre Colbert recevait régulièrement des avis – dont ceux de l’intendant Jean Talon – pour qu'on envoie plutôt des «filles de village», «propres au travail comme les hommes». Dans les faits, on a dirigé vers le Canada des Françaises (plus de 70 %) issues des centres urbains, donc peu initiées aux travaux agricoles ni à la tenue d'une maison d'habitants. Dans les faits, on estime que les femmes de la Nouvelle-France comptaient 47,8 % d'artisanes, 18 % de paysannes, 15,5 % de manouvrières, 15,4 % de bourgeoises et 3,3 % de nobles.

    De plus, pour favoriser les mariages et la natalité, on soumit à l'amende les hommes célibataires, on accorda des dots aux filles et des gratifications aux familles nombreuses. Avantagée par un taux extraordinaire de natalité (7,8 enfants par femme) et par une immigration abondante, le Canada vit se multiplier sa population; de 2500 habitants en 1663, elle passe à 20 000 en 1713 et à 55 000 en 1755.

    Durant tout le Régime français, seulement 400 femmes sont arrivées au Canada, déjà mariées et accompagnant leur mari. Ces familles déjà constituées ont amené avec elles 528 enfants âgés de moins de 14 ans.

      

    O'CANADA -

    Durant les quelques cent ans qui précédèrent 1763, la France, l'Angleterre furent à peu près constamment en guerre en Europe. Les hostilités émigrèrent avec les colons sur le nouveau Continent : conflits territoriaux, rivalités de monopoles des fourrures ne cessèrent d'opposer Français et Anglais. En 1670 les Anglais fondent la fameuse "Compagnie des Gentlemen aventuriers de la Baie d'Hudson", lesquels gentlemen entrèrent en compétition ouverte avec les trafiquants français pour le commerce des peaux avec les indiens, tant à l'intérieur des terres que le long des cours d'eau de l'est.

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    Les Iroquois campés sur leurs positions stratégiques au bord de l'Ontario, entretenaient des relations amicales avec les marchands anglais, tandis que les tribus des lacs supérieurs commerçaient surtout avec les Français. Les "coureurs des bois" encouragèrent leurs alliés à entreprendre des raids sur les postes de la nouvelle Angleterre et les Anglais, en représailles, faisaient attaquer ceux de l'Acadie. C'est ainsi que les forts de la Baie d'Hudson furent pris et repris comme le furent les petits postes de l'intérieur.

    HudsonB.jpg
    expédition de la Baie d'Hudson
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    Prise d'un fort Anglais

    Tandis que les rivalités croissaient en violence, les "coureurs des bois" des deux camps finissaient par adopter les habitudes et les usages de leurs alliés Indiens. Ils portaient mocassins et bonnets de fourrure, leggins et vestes de peaux et s'enduisaient la figure de graisse et d'ingrédients colorés pour se protéger des moustiques et des taons.

    Trappeur.JPG

    Nombre d'entre eux vivaient en permanence dans les campements des tribus amies, n'en sortant qu'à l'été pour aller vendre leurs fourrures à Montréal.

     

    Charles_Deas_The_Trapper_and_his_Family.png

    Cette dernière chanson date de cette époque de "fraternisation" : un vieux Peau-Rouge raconte à un voyageur qui s'enquiert des nouvelles d'un compagnon, que son ami est mort dans les bois et que les indiens l'ont enterré avec tous les honneurs funèbres. Le refrain apparemment sans signification, parodie un dialecte indien

    sources : extrait du texte..http://www.tlfq.ulaval.ca/axl/francophonie/HISTfrQC_s1_Nlle-France.htm

    et blog ! http://maminie.blog50.com/histoire

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  • Histoire du Québec

    Chronologie
    1- La Nouvelle-France (1534-1760)

    1534: Jacques Cartier prend possession du Canada au nom du roi de France.
    1608: Samuel de Champlain fonde Québec.
    1642: Fondation de Montréal (Ville-Marie) par Paul Chomedy de Maisonneuve.
    1759: Guerre de la Conquête et bataille des plaines d'Abraham. Montcalm et Wolfe sont tués. Capitulation de Québec le 17 septembre.
    1760: Vaudreuil signe la capitulation de Montréal. Fin du régime français en Nouvelle-France.

    2- Le régime anglais (1760-1867)

    1761: Un an après la conquête, la colonie se vide de toute son élite économique, le commerce étant l'affaire des Anglais.
    10 février 1763: Traité de Paris. La paix est proclamée entre la France et L'angleterre. 7 octobre 1763:Proclamation Royale: La Nouvelle-France devient alors la Province of Québec, ses frontières sont réduites, les lois anglaises entrent en vigueur et le serment du Test est obligatoire pour entrer dans la fonction publique.
    1766: Retour du premier évèque catholique: Monseigneur Briand. Son but: prêcher la soumission aux nouvelles autorités.
    1774: Afin de s'assurer de l'allégeance des Canadiens-Français advenant une invasion américaine, l'Angleterre octroie l'Acte de Québec, qui remet les lois françaises et le catholicisme en vigueur. Il n'y a cependant rien pour la bourgeoisie Canadienne-Française, qui été minée.
    1791: Acte constitutionnel. Cet acte divise le Canada en 2 parties: le Bas-Canada (Québec) et le Haut-Canada (Ontario). Les deux provinces ont le pouvoir d'élire leurs députés et d'édicter leurs lois.
    1795: À Québec, les Britanniques représentent 65 % des membres des professions libérales et 44 % des hommes d'affaires, mais seulement 18 % des artisans et 10 % des simples ouvriers.
    1801: Mise en place d'un réseau scolaire qui vise l'assimilation à la loi protestante et à la langue anglaise.
    1806: Fondation du premier journal patriote, Le Canadien.
    1810: En mars, le gouverneur Craig ordonne la saisie des presses du Canadien et l'arrestation des principaux rédacteurs.
    1832: Violence à Montréal: à l'occasion d'une élection partielle, les troupes chargent la foule et tuent 3 francophones.
    1834: Le Parti Patriote remporte une éclatante victoire aux élections et présente ses "92 résolutions".
    1837: Devant le refus de Londres de prendre en considération les demandes des Patriotes, des assemblées publiques se tiennent partout en province. Les assemblées sont aussitôt interdites par le gouverneur Gosford. À l'automne, la rébellion éclate. La répression des Anglais est immédiate: villages brûlés, population molestée.
    1838: Nouveau soulèvement des Patriotes et la répression est encore plus forte cette fois: 58 personnes sont déportées et 12 pendues. Un des patriotes pendus, Chevalier de Lorimier, affirme sa ferveur indépendantiste dans une lettre, la veille de sa mort. (Pour en savoir plus long à ce sujet, allez lire le scénario de "15 février 1839", du cinéaste Pierre Falardeau.)
    1839: Lord Durham recommande l'assimilation des Canadiens-Français par l'anglicisation et l'immigration.
    1840: Pour mettre les Canadiens-Français en état d'infériorité politique, Londres sanctionne la loi de l'Union, qui crée le Canada-Uni. La langue anglaise y devient la seule langue officielle. Même si le Haut-Canada (Ontario) a une dette 13 fois plus élevée que le Bas-Canada (Québec), il y a mise en commun des dettes. De plus, les 2 Canadas sont représentés par le même nombre de députés, même si le Bas-Canada (Québec) est plus peuplé que le Haut-Canada (Ontario).
    1864: Un dénommé Médéric Lanctôt fonde un parti qui prône un Québec indépendant. Ce parti va cependant mourir avec la naissance de la Confédération.
    1867: Entrée en vigueur de la Confédération, AANB. Cet acte consacre la minorisation politique des Francophones au Canada: le Québec ne forme plus qu'une province sur 4 et représente 33,7 % de la population canadienne.

    3- Le Canada (1867-1924)

    1871: Le Common School Act interdit l'enseignement du français au Nouveau-Brunswick.
    1873: Le Québec ne forme plus qu'une province sur 7.
    1876: Adoption par le gouvernement fédéral de la loi sur les Indiens, qui les confinent à des réserves très exiguës.
    1877: Le Public School Act interdit l'enseignement du français à l'Île-du-Prince-Edouard, au grand dam des Acadiens.
    1885: Soulèvement des Métis. Après un procès malhonnête et truqué, Riel, le chef des Métis, est pendu le 16 novembre à Régina. Comme les Métis sont francophones, 50000 personnes se réunissent à Montréal pour protester.
    1890: L'immigration ayant permis aux anglophones de devenir majoritaires au Manitoba, le premier ministre manitobain Greenway abolit les droits du français à l'école, au Parlement et devant les tribunaux.
    1900: Naissance du syndicalisme au Québec et fondation de la première caisse populaire par Alphonse Desjardins.
    1905: L'Alberta réduit l'enseignement du français aux première et deuxième années. Après: une demi-heure par jour.
    1911: Wilfrid Laurier, qui est pourtant un ardent défenseur du fédéralisme canadien, déclare: "Nous sommes forcés d'arriver à la conclusion que le Québec seul est notre patrie, parce que nous n'avons pas de liberté ailleurs."
    1912: L'Ontario réduit l'enseignement du français à la première année du primaire.
    1916: La loi Thornton abolit l'enseignement du français au Manitoba.
    1918: Après 5 jours d'émeutes à Québec contre la conscription, un régiment de Toronto est dépêché sur les lieux et tire sur la foule à la mitrailleuse: 4 morts et 70 blessés.
    1927: Le conseil privé de Londres accorde le Labrador à Terre-Neuve, et ce au détriment du Québec.

    4- Le Québec moderne (1929-aujourd'hui...)

    1929: Début de la Grande Dépression.
    10 septembre 1939: Le gouvernement fédéral promet au Québec qu'il n'y aura pas de conscription.
    1940: Camilien Houde, maire et député de Montréal, est arrêté pour s'être opposé publiquement à la conscription. Houde est interné sans procès pendant quatre ans.
    1942: La presse anglophone, le PC et certains libéraux, réclament la conscription. Pour se libérer de ses engagements envers le Québec, Mackenzie King organise le 27 avril un plébiscite dans tout le Canada. Résultat: le Québec refuse la conscription à 80 %. Le Québec doit donc se plier à la décision de la majorité.
    23 juillet 1942: Le gouvernement impose des accords fiscaux au Québec, invoquant "l'effort de guerre". Entre 1941 et 1947, le fédéral prélèvera 2 milliards au Québec et ne lui retournera que 100 millions.
    1948: Le fleurdelisé devient le drapeau officiel du Québec.
    10 septembre 1960: Marcel Chaput et André d'Allemagne fondent le Rassemblement pour l'indépendance nationale (RIN).
    10 juin 1961: 15,2 % des Québécois sont favorables à l'indépendance du Québec.
    1962: Un sondage révèle que 26,2 % des Québécois sont en faveur de l'indépendance du Québec.
    30 mai 1964: Pierre Bourgaultdevient chef du RIN.
    24 juillet 1967: Charles de Gaulle, président de la République française, lance son fameux: "Vive le Québec Libre!" du balcon de l'hôtel de ville de Montréal.
    25 juin 1968: Pierre-Elliott Trudeau est élu premier ministre du Canada et parlera du "lousy French" (Français dégueulasse) des francophones québécois.
    1970: Crise d'Octobre. Le FLQ tue Pierre Laporte. Trudeau décrète la loi des mesures de guerre et des centaines d'arrestations sans mandat sont effectuées.
    1973: La GRC vole par effraction à Montréal la liste des membres du PQ. On apprendra en 1992 que ce vol faisait suite à une demande du cabinet Trudeau.
    15 novembre 1976: Le PQ prend le pouvoir. C'est la première fois qu'un parti indépendantiste prend le pouvoir au Québec.
    1977: Adoption par le gouvernement du Québec de la loi 101, qui va beaucoup plus loin que la loi 22 dans l'affirmation de la primauté du français. Regroupés dans Alliance Québec, un groupe de pression largement financé par Ottawa, des anglophones contesteront la loi devant les tribunaux et réussiront au cours des ans à en faire invalider d'importantes sections.
    1980: Premier référendum: le camp du OUI récolte 40,4 % des votes contre 59,6 % pour le NON. Les francophones sont divisés en deux blocs presque égaux.
    4 novembre 1981: Négociations constitutionnelles entre Ottawa et les provinces. En pleine nuit et à l'insu de Lévesque, Chrétien négocie avec les provinces anglophones dans la cuisine du Château Laurier et se met d'accord avec elles sur le rapatriement de la constitution. Le Québec, isolé, voit ses pouvoirs diminués dans le domaine de la culture et de l'éducation.
    17 avril 1982: La constitution est officiellement rapatriée, sans l'accord de Québec.
    18 mars 1988: Jacques Parizeau devient chef du PQ.
    15 décembre 1988: La cour suprême du Canada déclare illégal l'unilinguisme français obligatoire dans l'affichage commercial et les raisons sociales. Révolte au Québec.
    1990: Selon Statistique Canada, l'Ontario reçoit du fédéral 58 % des sommes pour la recherche et le développement et le Québec 12 %.
    23 juin 1990: Échec de l'accord du lac Meech. Quelques provinces refusent de reconnaître le caractère distinct du Québec.
    25 juillet 1990: Création du Bloc Québécois par Lucien Bouchard.
    28 octobre 1990: Chrétien promet d'abolir la TPS s'il est élu.
    5 novembre 1991: Dans une volte-face, Chrétien déclare qu'il n'abolira pas la TPS s'il est porté au pouvoir.
    14 décembre 1993: Daniel Johnson devient chef du PLQ.
    15 mars 1995: Stanley Hart, ex-conseiller de Mulroney, déclare qu'en cas d'une victoire du OUI au référendum, le devoir de Chrétien sera "de faire souffrir économiquement le Québec afin d'éviter que la sécession ne soit proclamée". Stéphane Dion ajoute que "plus ça fera mal, plus l'appui à la souveraineté baissera."
    12 juin 1995: Le PQ, le BQ et l'ADQ s'entendent officiellement sur une position commune quant aux offres d'association à faire au Canada advenant une victoire du OUI au référendum.
    30 octobre 1995: Deuxième référendum: le OUI récolte 49,4 % des voix et le NON 50,6 %. Les Québécois francophones votent OUI à 61 %. Parizeau impute la défaite "à l'argent et au vote ethnique" et démissionne le lendemain.


    Voilà. Lorsque l'on regarde attentivement l'histoire du Québec, il semble évident que la souveraineté n'est que la suite logique de l'histoire. Le peuple minorisé que nous sommes doit devenir majoritaire et maître chez lui une fois pour toutes.

     

    Vive le Québec libre!!! 

     

     sources : http://www.cyberjean.com/quebec/histoire.php


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  • L'histoire de l'Ouest : mythe et réalité
    La conquête de l'Ouest : du myhe à la légende
     
    Jean-Marie TIXIER, Maître de Conférences, Université Montesquieu-Bordeaux IV, Président du Cinéma Jean Eustache (Pessac).
    De l’importance du sujet pour comprendre le monde…
     
     
    Les deux cartes des dernières élections présidentielles américaines sont explicites. La première montre le vote par Etat qui coupe l’Amérique en deux avec d’une part les Etats du Nord-Est et ceux de la côte Ouest qui ont donné leur confiance à John Kerry et ceux du Sud et de l’Ouest qui ont voté George W. Bush. La deuxième au niveau des comtés réduit encore la place de la couleur du Sénateur du Massachusetts qui ne l’emporte visiblement que dans les comtés les plus peuplés, les comtés des grandes unités urbaines. Une conclusion hâtive pourrait conduire à penser qu’une Amérique urbaine s’oppose désormais à une Amérique rurale.
    Or, pionniers (sic !) du développement industriel, les Etats-Unis ont connu une urbanisation importante dès la fin du XIXe siècle. Et aujourd’hui, les véritables ruraux ne constituent plus qu’une infime minorité dans une Amérique entièrement urbanisée. Mais l’urbanisation américaine dont le modèle demeure la ville californienne a peu à voir avec l’urbanité… Si l'urbanisation américaine a toujours entretenu un lien organique entre ville et campagne, notamment à travers le phénomène des banlieues, le développement de la périurbanisation aux Etats-Unis est tel aujourd’hui que la majorité des Américains résident hors des villes avec les problèmes bien connus qui sont attachés à ce mode de vie : l’urbanisation infinie (les lotissements et les autoroutes pour y conduire toujours en extension) et la ségrégation de la population (seuls les plus pauvres vivent au centre ville). On est alors bien loin de l’idéal pastoral dans une nature désormais « urbanisée ».
    Pour autant, cette réalité n’empêche pas bon nombre de ces Américains de se penser comme les héritiers des pionniers. Bien au contraire, dans la mesure où la ville abandonnée aux laisser pour compte, down town, avec sa violence et ses conduites déviantes semble de plus en plus se conformer à l’image négative que véhicule la pensée agrarienne chère à Benjamin Franklin. Le tour de force de George W. Bush est d'avoir réussi à se faire passer pour le représentant de la véritable Amérique, celle de l'Ouest et de la terre qui ne ment pas et à contraindre John Kerry à incarner la ville délétère et l'Est qui représente la reconstitution sur le sol américain de la vieille Europe…
    Si John Kerry ne peut nier son appartenance à la côte Est, c'est un bostonien et Boston est le parangon de l'Est et, de plus, il parle français. George W. Bush est également un "gars" de la côte Est, un Tenderfoot, et son histoire avec l'Ouest date de son élection comme gouverneur du Texas. Mais il possède un ranch, porte des botes et arbore des chemises à carreaux et des jeans en guise de programme électoral.
    Nous sommes donc bien en présence de l'effectivité de la croyance et c'est bien une communauté imaginaire comme la définit Benedict Anderson qui fédère les électeurs conservateurs. Il est donc fondamental de travailler le système de représentation qui construit ce sentiment d'appartenance. Or les fondations de ce système s'appuient sur l'idéologie de la conquête.
    En France, la mythologie de la conquête de l’Ouest est abusivement assimilée au cinéma et aux milliers de westerns qui l’ont massivement diffusée. Si de ce côté de l’Atlantique, l’utilisation du terme western ne renvoie qu’au cinéma, aux USA, il convient toujours de préciser western movies car il est entendu qu’il existe une musique, une littérature, une peinture, etc., formant un ensemble complet des représentations de l’Ouest américain. Si comme a pu le noter André Bazin, "Le western est né d'une rencontre entre une mythologie et un moyen d'expression", c’est bien que l’imaginaire de la conquête était déjà constitué avant la découverte du cinéma à la fin du XIXe siècle. Mais, de surcroît, l'idéologie de la conquête fonctionne avec efficacité car elle n'est que reprise et adaptation de mythes très anciens.
     
    En effet, avant même que ne commence l'histoire occidentale de l'Amérique, ce continent était déjà l'objet de nombreux mythes. Pour les grandes religions du Livre, le monde plat avec en son centre Jérusalem se composait de l'Europe, de l'Asie et de la Libye; au-delà le gouffre, le néant, le royaume des démons et des âmes perdues. Dictés par Dieu, les textes étaient formels: le monde avait été partagé entre les trois fils de Noé, Cham, Japhet et Ham.

     
    Plus tard, les rois mages représenteront les trois parties du monde comme la tiare du Pape symbolisera son règne sur un monde tripartite (Cf. les Papes Jean XXII et Benoît XII, deux papes d’Avignon ainsi que les armes de Jean-Paul II).

    La première carte
    Cette représentation du monde est héritière de la tradition moyen-orientale: à Babylone, les premières cartes du monde dont nous disposons sont identiquement circulaires et le Dieu Soleil, Shamasch porte également une coiffe tripartite (Cf. Les taureaux sacrés aux portes du palais de Babylone portent la couronne de Shamash, le Dieu Soleil).
    Par conséquent, il ne pouvait y avoir, en principe, une terre à l'Ouest de l'Europe. Cependant, cette impossibilité religieuse n'a pas empêché les hommes d'en faire le lieu privilégié de leurs fantasmes. L'Ouest fut investi de tous les désirs et de toutes les craintes.
    Le paradis perdu
    Dans un monde borné à l'Ouest par la masse de l'océan, les îles d'Islande et d'Irlande occupaient la frontière extrême de l'Univers. De ces marches, les hommes sont partis explorer le vaste océan. Il ne fait plus de doute que ces insulaires ou les Vikings touchèrent les premiers les rivages d'Amérique. Mais bien avant d'avoir atteint cette nouvelle terre, les Celtes l'avaient conquise dans leur mythologie. Pour eux, au-delà des eaux existait un pays merveilleux qui abritait après leur mort les êtres bons et forts. Avalon est cette île aux pommiers où dort le roi Arthur en attendant de revenir parmi ses frères.
    Tournés vers l'océan, marins de culture, les celtes ne pouvaient qu'être attirés par l'horizon où se couche le soleil. La force de l'astre de la vie et l'éternité de l'océan sans limite se mariant dans une noce mythique pour engendrer un lieu béni des dieux... Ce mythe celte, par excellence, survivra à la christianisation des îles. Et cela malgré la contradiction entre les croyances ; la tradition judéo-chrétienne situait le paradis perdu quelque part en Orient ; de plus, elle considérait l'Ouest comme un lieu à jamais interdit à l'homme.
    Le monde interdit, le désert brûlant des âmes perdues
    Dans l'antiquité, le mythe de l'Atlantide construit l'image d'un monde dont les dieux ont exclu les hommes. Héraclés ne dépassa jamais les colonnes qui portent son nom. La Méditerranée formait un espace clos dans lequel les hommes se sentaient à l'abri. Un monde reconnu, dûment borné duquel il ne fallait pas sortir de peur de mettre en danger le sécurisant équilibre construit par les hommes. Le courroux des dieux menaçait le blasphémateur ! Le mythe fonctionne alors comme une censure.

    Néanmoins, il ne réussit pas à empêcher d'audacieux navigateurs de passer le détroit de Gibraltar... Avec la chrétienté, le mythe fut repris et à peine transformé pour répondre à la cosmogonie de cette religion. En tout état de cause, le paradis terrestre avait été détruit et l'homme en avait été chassé. C'est dire qu'il lui était interdit de tenter d'y retourner. Saint Augustin prédisait que le quatrième monde devait, s'il existait, être inhabité et inhabitable, peuplé qu'il était de démons et d'esprits mauvais. L'Ouest était donc le royaume de Satan et il valait mieux ne pas s'y risquer si l'on ne désirait pas perdre son âme... Encore une fois, le mythe fut impuissant à retenir l'audace des marins. Les musulmans nomment "l'océan des ténèbres" ces étendues infinies et, pourtant, d’aventureux marins partiront d’Andalousie vers l’Ouest et certains auraient atteint une “terre très étrange et bizarre” selon de nombreux récits. Enfin, Christophe Colomb affréta une expédition maritime.

    Après les voyages du Génois, lorsqu'il fut avéré de l’existence d'un nouveau monde, les occidentaux éprouvèrent des difficultés pour l'intégrer dans leur système de croyance. Ce ne pouvait être le paradis perdu puisque le nouveau monde était habité or l'homme avait été chassé de l'Éden. L'énigme de l'origine de ses indigènes s'imposa avec force. Logiquement, si les Indiens n'étaient pas les descendants de l'un des trois fils de Noé, ils n'étaient pas non plus les fils d'Adam. Pouvait-on les considérer comme des hommes? La célèbre controverse de Valladolid entre Bartolomeo de Las Casas et Luis Sepúlveda règlera la question d’un point de vue théologique au sein de l’Eglise catholique. Mais le système de croyances occidental n'était absolument pas préparé à intégrer l'amérindien. Ce choc culturel enfantera la renaissance mais le sauvage continuera à inquiéter, au sens premier, la conscience occidental. Si une pensée religieuse considérait le nouveau monde indûment occupé par des sauvages (à exterminer ou à assimiler), une pensée crypto-paienne voyait dans l'Indien un mode de vie à jamais interdit à l'homme blanc civilisé; elle lui envie sa liberté naturelle, sa naïveté dans son rapport au monde. Alors que la première est apologie de la civilisation blanche, la deuxième traduit une distance critique, un scepticisme relativiste ("chacun appelle barbarie ce qui n'est pas de son usage"). L'une et l'autre trouvent dans l'Indien matière à alimenter leurs raisonnements. Face au phénomène indien, la première trouve une concrétisation du mythe du mauvais sauvage qui justifie à la fois la civilisation et la colonisation, assimilées l'une à l'autre, la deuxième répond avec le bon sauvage. L'Indien créature de Satan et parangon de l'homme libre, ces deux images cohabiteront toujours dans le système de représentations de l'homme blanc. La découverte de l'Amérique n'a détruit ni les mythes ni le système de croyances des occidentaux. Confrontée à l'évidence de la réalité, la mythologie s'est simplement adaptée aux conditions historiques du moment.
    Les deux grands mythes
    De l'époque précolombienne aux westerns d'aujourd'hui, en passant par la peinture, la photographie ou la littérature du siècle dernier, les deux conceptions de l'Ouest ont perduré. Ces deux structures s'opposent à travers une série de couples antinomiques: Ouest/Est, Nature/Culture, Sauvagerie/Loi, Individu/Société, etc. Ces couples d'oppositions se répartissent à l'intérieur de deux grandes structures selon une logique propre et cela dès la mythologie précolombienne.

    Enfantée par un mariage entre la tradition puritaine et une pensée libérale (de Hobbes (1) à Pufendorf), le Parti de la Loi considère l'Ouest comme un désert brûlant et hurlant où "la férocité naturelle de l'esprit humain", selon la conception de Pufendorf, peut s'exprimer sans retenue. Pensée sanctifiée par le Livre qui fait d’une faute terrible, le péché originel, le moteur de l’histoire de l’homme et, pensée reprise et amplifiée par les Pères de l’Eglise de Saint Augustin qui fait de la guerre le signe du mal naturel de l’homme à Grégoire XIV et son Mirari Vos:
    « En effet, tout frein étant ôté qui puisse retenir les hommes dans les sentiers de la vérité, leur nature inclinée au mal tombe dans un précipice » (2)

    Affaire est entendue : à cause de la chute, la nature de l’homme est forcément mauvaise et, comme le péché originel pèsera sur l’homme jusqu’à la fin des temps, la guerre durera également jusqu’à la fin des temps.

    Tout au contraire, au confluent de la mythologie celte et de la pensée qui entend se constituer hors la médiation de la révélation, d’Etienne de la Boétie à Jean-Jacques Rousseau, l'appel du grand Dehors incite à fuir l'Est et sa civilisation afin de retrouver le paradis perdu où l'homme vivait dans l'innocence. Lorsque l'Ouest est défini dans l'imaginaire, tous les éléments du mythe s'organisent et s'ordonnent. Pour le Parti de la Loi, la société est la seule réponse raisonnable à la nature mauvaise de l'homme. La Loi sépare les individus dans la recherche égoïste de leurs propres intérêts. L'Ouest, dernière terre sauvage, doit être par conséquent conquis par l'Est civilisé afin que la Paix et la Raison puissent régner et que la nuit morale soit enfin dissipée. En revanche pour les défenseurs du grand Dehors, l'état de Nature assurait l'innocence de l'homme que la société vient détruire. La lutte du social contre la Nature a engendré l'avilissement de l'éthique et la dégradation des mœurs, l'inégalité funeste entre les hommes et, conséquence de tous ces faits, l'esclavage politique . L'Ouest est donc le dernier lieu sur la planète où l'homme peut encore vivre dans l'état de Nature, mais en progressant, l'Est saccage le Jardin du monde.

    Tous les moyens d'expression ont contribué à la fois à l’élaboration de cette mythologie et à sa diffusion: la peinture, la photographie, le théâtre, le cirque, la littérature, avec leurs moyens spécifiques, ont élaboré et diffusé la légende de l'Ouest...
    Note 1
    - Dans son "De Cive", Thomas Hobbes utilise les "connaissances" toutes nouvelles sur les Indiens pour illustrer sa thèse sur la guerre naturelle; les Indiens guerriers vivant dans l'état de Nature démontrent la pertinence de sa thèse.
    Note 2
    - Mirari Vos in Annexes à Pie IX, Quanta Cura & Syllabus, Paris, J.J. Pauvert, 1967, p.85.
      
     
      
      
     
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  • L'histoire de l'Ouest : mythe et réalité
    Les peintres de l'Ouest
    Jean-Marie TIXIER, Maître de Conférences, Université Montesquieu-Bordeaux IV, Président du Cinéma Jean Eustache (Pessac).
    Les peintres du rêve sont historiquement les premiers à pénétrer dans les territoires vierges; ils fixent sur leurs toiles l'Ouest dans toute sa sauvagerie. Deux démarches qui ne s’excluent pas pour autant, fondent l’approche des peintres du Grand Dehors : des peintres ethnographes et des romantiques.
    Des peintres ethnographes
     
     
    Karl Bodmer, aquarelliste, est d'emblée frappé par la beauté et la majesté des paysages et par l'intégration des Indiens dans ce cadre magnifique, grâce à leur beauté et leur majesté. Il n'est pas indifférent de noter que Bodmer s'est rendu dans l'Ouest intégré à une expédition à caractère scientifique. Sa fonction était d'assurer l'illustration, sorte de compte-rendu pictural, de la mission éthno-géographique de Maximilien, Prince de Wied. Maximilien tenait, tout particulièrement, à la fidélité des croquis et des aquarelles de Bodmer afin que ce travail puisse fournir un support sérieux au texte. Ainsi pouvons nous créditer les toiles de Bodmer d'un haut degré de "scientificité". Deuxième point notable, l'expédition dure treize mois, entre 1833 et 1834; elle remonte le Missouri, de St.Louis à Fort Mc Kenzie: la situation géographique et temporelle est vraiment exceptionnelle.

    L'expédition se déroule à une époque charnière; elle se situe dans des lieux privilégiés. Avant 1830 et les bateaux à vapeur, il eût été impossible de réaliser une pareille entreprise. Après ces années trente, les Indiens auront disparu des rives du Missouri. Maximillien et Bodmer pénètrent donc dans l'Ouest encore sauvage et ont l'occasion unique de rencontrer "les Indiens des plaines au temps de leur dernière splendeur" . Les aquarelles de Bodmer auront pour sujet les grands espaces et les Indiens. Peintre des couleurs douces et des horizons estompés, aquarelle oblige, il donne à ses paysages un caractère édénique. Ses toiles nous disent aujourd'hui l'émerveillement de sa découverte du nouveau monde. Le regard de Bodmer parcourait un panorama grandiose; son talent a su nous le restituer.

    Il est impossible de ne pas sentir la filiation existant entre ces aquarelles et de très nombreux plans des westerns situés à cette époque. D'évidence, les réalisateurs se sont largement inspirés des travaux de l'aquarelliste.
     
    Fort Mc Kenzie, le bout du monde civilisé, le bateau ne remonte pas plus loin. Le fort de rondin, adossé à la rivière et la plaine devant lui, semble tout droit extrait de "Across the Wild Missouri" de William Wellman.
     
     
     
    Le "keelboat" accosté en face du village d'Indiens Gros-ventres (n°8) ou lorsqu’il fait une halte (n°9), nous renvoie directement à "The Big Sky" d’Howard Hawks dont un photogramme (n°10) montre le bateau sous le Big Sky avec, en premier plan, un troupeau de daims.
     
    Les grands espaces

     
    Quelques portraits d’indiens dans leur magnificence.
     
    Kiäsax, Piegan Blackfeet

     
    Makuie, Blackfoot & Abdih-Hiddisch, Gros-Ventre

     
    Mató-Tópe, Mandan

     
     
     
    La démarche d’Alfred Jacob Miller peut être également qualifiée d’ethnographique dans la mesure où il est engagé par un aristocrate écossais, William Drummond Stewart, un vétéran de Waterloo , pour illustrer son voyage dans les Rocheuses en 1837 dans le pays des trappeurs et des Indiens. Il organise une exposition au Printemps 1839 à New York qui remporte un très gros succès : la foule se presse pour voir les premières images des Rocheuses et des derniers Indiens sauvages… Mais après toutes ses aventures, il se retire dans son Maryland natal à Baltimore en 1842 qu’il ne quittera plus jusqu’à sa mort en 1874. Il vivra de sa réputation de peintre de l’Ouest.
    Si Bodmer ou Miller ne restent dans l'Ouest que le temps d'une expédition, George Catlin, En revanche, appartient déjà au monde de l'Ouest. Il effectue de longs séjours dans la prairie. Peintre et ethnographe, il est Maximilien et Bodmer tout à la fois. Ses peintures sont le support de ses études sur les mœurs indiennes, mais devant la misère des conditions de vie des Indiens, Catlin est bouleversé. Il embrasse la cause indienne et s'en fait le porte-parole. Par ses conférences et ses nombreuses œuvres, il contribua à diffuser dans l'Est des informations sur l'état d'indigence dans lequel les Indiens sont contraints de vivre. Son récit de la mort de Mató-Tópe (lien image) est terrible : il se laisse mourir car tous les siens ont déjà succombé, en très peu de temps, défigurés par la variole apportée par le bateau à roue, la pire des morts pour un Mandan qui fait du visage le siège de la beauté humaine…
    Catlin appartient à ce mouvement qui commence la réhabilitation des Indiens; il est à la peinture, ce que sera en littérature "Un siècle de déshonneur" de Helen H. Jackson . C'est dire que textes et toiles de Catlin sont structurés par un souci humaniste, pour ne pas dire par un discours politique. Par sa démarche générale, tout comme par son œuvre artistique, George Catlin appartient bien au rêve américain. Encore plus que Bodmer, il tente de fixer, sur ses toiles, un monde en voie de disparition.
    The Hudson River School, une représentation romantique
    Entre les années 1835 et 1870, aux USA, un groupe de peintres connu sous l’appellation de The Hudson River School propose une représentation romantique des grands espaces américains récemment ouverts à l’homme blanc. Le travail spécifique sur la lumière, avec une prédilection pour les paysages sous la brume et les couchers de soleil lui donne son cachet et lui a valu le qualificatif de « Luminism ». Initiée par Thomas Cole (1801-1848), un américain né en Grande-Bretagne, The Hudson River School regroupe plus de trente peintres dont les plus connus sont Albert Bierstadt (un américain né en Allemagne, 1830-1902) et Frederic Edwin Church (1826-1900
    Albert Bierstadt (un américain né en Allemagne, 1830-1902)

    Frederic Edwin Church (1826-1900).

    Impossible de ne pas voir une filiation entre leur travail et le romantisme. Né en Allemagne et immigré aux USA à l’âge de deux ans, Albert Bierstadt est reparti faire ses études artistiques à Düsseldorf avant de revenir réaliser son œuvre entendu comme un hymne à la nature sauvage et à ses derniers habitants.
    « L'amour n'est rien d'autre que la suprême poésie de la nature. » Novalis

    Un tableau de Gaspar David Friedrich ne dépare pas !
    Les peintres de la conquête
    Les peintres du Far-West, proprement dit, ne participent pas (ou moins) à cette rêverie. Remington, Russell ou Seltzer restent les peintres de la conquête. Le cow-boy et le tunique bleue apparaissent (dans leur première splendeur) sur leurs toiles; héros blancs de la destinée manifeste, ils en occupent le centre. La diligence ou le convoi bâché sont déjà très souvent attaqués par des Indiens farouches.

    Bien que né à New York, Frederic Remington a réussi à devenir un vrai homme de l'Ouest grâce à ses séjours fréquents parmi les cow-boys ou les soldats. Il accompagne souvent la cavalerie dans les campagnes dont il fixait les moments forts. De retour dans l'Est, il publie ses impressions et ses souvenirs dans les magazines. Sa production est imposante; il laisse un prodigieux témoignage sur la conquête. Dans ses travaux, prédominent le mouvement et l'action violente. Remington préfère le drame au quotidien; nous sommes bien loin des rives paisibles du Missouri. En fait, Remington a eu une intuition de génie: il a découvert la fascination des hommes de l'Est pour l'Ouest sauvage et il exploite le nouveau "filon" avec méthode. Les citadins veulent du danger et de l'aventure; Remington leur en fournira. L'ethnographie est évidemment complètement délaissée au profit de la mythologie dont la fonction ici est principalement marchande.

    Mais le marchand nous donne une information capitale : l’importance de la production de tableaux sur le thème de l’Ouest sauvage dit la permanence d’un public (solvable) pour faire l’acquisition de ces œuvres…
    Charles M. Russell est natif de l'Ouest, il a vécu longtemps parmi les Indiens Blood du Canada. Toute sa vie, il garda un souvenir ému de cette période heureuse; elle influence toute son œuvre. Cela ne l'empêche pas de peindre "le duel entre Buffalo Bill & Yellowhand" ou "l'attaque de la diligence" et le bizutage du "Tenderfoot" dans un style très "destinée manifeste". Dans le quatirème tableau les cow-boys dans la neige et en vignette, dans une position bien altière, un autoportrait :

    Mais, il hésite continuellement entre l'exaltation de la conquête et la nostalgie des temps anciens comme l’atteste les cinq tableaux suivants. Comme nous l'avons noté pour Bodmer, il est impossible de ne pas retrouver dans les toiles de ces différents peintres de très nombreux plans de films. Si la peinture a dessiné les paysages des futurs westerns, elle a aussi choisi les grandes situations qui marqueront les temps forts de bien des films.

    Ainsi un célèbre tableau de Cessily Adams, "Custer's Last Fight" fut reproduit à des centaines d'exemplaires pour orner de très nombreux saloons. La peinture commence à imposer une représentation visuelle de l'Ouest qui est double. Celle de la Loi, avec son mouvement et son action, correspond à la conception de l'histoire dominante: les grands moments, les grands hommes (fait notable: elle est plus populaire, on la retrouve dans les saloons). Celle du rêve, ethnographique et nostalgique, est plus subtile plus élitiste, elle est réservée aux gens cultivés, Baudelaire admire Catlin.
    Le succès de la peinture jusqu’à aujourd’hui atteste la permanence de l’attrait pour les représentations de la conquête. La photographie va reprendre les pratiques de la peinture.
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  • L'histoire de l'Ouest : mythe et réalité
     
    La saga des armes de l'ouest
      

     

    Gérard Camy, chef de travaux BTS audiovisuel Lycée Carnot, Cannes.
    Quand les pionniers débarquent au 18ème siècle, leurs armes ne sont pas vraiment adaptées aux multiples utilisations qu’ils en font. Fruit d’une réflexion et de l’union de plusieurs armuriers, le célèbre fusil Kentucky est créé en 1776. C’est l’arme des trappeurs par excellence (Daniel Boone en possède plusieurs). Avec le 19ème siècle, des améliorations se font jour. D’abord l’amorce remplace le silex pour la mise à feu, puis le chargement se fait bientôt par la culasse. Le fusil Sharps, du nom de son inventeur, conjugue toute ses nouveautés et porte le coup de grâce au bon vieux Kentucky.
    Contrairement à ce que l'on croit habituellement, les armes de poing qui ont le plus marqué la conquête de l'Ouest, n'ont pas été les revolvers, mais les poivrières. Ces dernières se sont répandues plus rapidement en raison de leurs prix très inférieurs. Au moment de la ruée vers l'or, le prix de vente d'une poivrière, sur la côte Est, est d'environ 15 dollars; celui d'un Colt, de faible calibre, de 25 dollars. En Californie, la poivrière est revendue 30 dollars, le revolver 250. Il faut dire que le revolver est beaucoup plus précis, largement plus fiable, bien plus efficace.
    Les premières armes de ce type étaient composées de plusieurs canons tournant autour d'un axe devant un chien unique. Elles se manœuvraient à la main, comme une poivrière (d’où le nom). Les premières poivrières à percussion apparaissent en 1820. Dès 1830, sont inventés les premiers mécanismes à simple action qui permettent aux canons de tourner automatiquement quand on arme le chien à la main. En 1837, suivent les premiers mécanismes à double action, qui non seulement font tourner les canons à l'armement du chien, mais arment aussi le chien quand l'on appuie sur la détente. Les poivrières sont alors les armes les plus rapides et les plus faciles d'emploi de l'époque. Mais les premiers revolver font leur apparition. Smith & Wesson, Remington, Derringer, Springfield, Browning,… autant de nom liés aux armes et à la conquête de l’Ouest. Pourtant il en est deux qui surpassent tous les autres intégrant même le mythe après avoir largement contribué à cette grande aventure des pionniers : Colt et Winchester.

    Samuel Colt (1814-1862) invente le revolver
    Le nom de Samuel Colt est indissolublement lié à l’histoire de l’Ouest américain. Dès son jeune âge, il montre un grand intérêt pour les armes et explosifs. Il aurait été expulsé à 16 ans de l’école où il étudiait les sciences, après avoir détruit l'immeuble pendant une expérience ! Son père, propriétaire d'une fabrique de tissus, l'envoie en voyage en Europe et en Inde. Ce serait en observant le mécanisme pour remonter l'ancre sur un bateau que le jeune Samuel aurait eu l’idée de son premier revolver ! Légende ou réalité… peu importe. Ce qui est certain, c’est que pour se procurer l’argent nécessaire à ses ambitions d’armurier, il se fait représentant de commerce et part à la recherche de quelques mécènes compréhensifs qu’il finit par trouver. En mars 1836, il fonde la « Patent Arms Manufacturing Company » à Paterson dans le New Jersey. L’année suivante, sort de sa fabrique son premier pistolet à barillet appelé « revolver » : le colt Paterson décliné en différents calibres (28, 31, 36).
    Cette arme de poing à répétition, capable de tirer cinq coups successivement grâce à son magasin rotatif présentant une nouvelle cartouche dans l'axe du canon à chaque action du mécanisme, est une petite révolution dans le monde des armes. Le mouvement du barillet était couplé à celui du chien, avec blocage dans l'alignement du canon au moment du tir, par l'engagement d'un arrêtoir dans un cran sur le corps du barillet. Le barillet qui contient les cartouches est généralement basculant. Une fois débloqué, il sort généralement à gauche de la carcasse pour un chargement simplifié par l’avant. Les brevets déposés garantissent à Colt le monopole de fabrication jusqu'en 1857. Ses droits couvraient son système à barillet et l’amorçage des charges.
    Dès 1837, Samuel Colt fabrique aussi des fusils et des carabines (fusil léger, au canon souvent court et rayé) à répétition suivant le système des revolvers Paterson. Mais le succès n’est pas au rendez-vous.
    COLT PATERSON
    Successivement, le lourd colt Walker en 1846 (pesant plus de deux kilos et mesurant plus de 40 centimètres, il n’est pas étudié pour être porté à la ceinture mais dans un étui accroché au pommeau de la selle) et le colt Dragoon en 1848 (plus léger et plus court, ,il équipe la cavalerie américaine) sortent des usines Colt. Dans les années 1850 et 1860, la célèbre firme décline son revolver en plusieurs modèles : Pocket Baby Dragoon, Pocket, Wells & Fargo, Navy, Army, Police… et surtout les deux plus célèbres de l’Ouest, revolver à cartouches métalliques, le Peacemaker calibre 45 et le Frontier (calibre 45 puis 44 en 1878 pour utiliser les mêmes cartouches que la Winchester) construits dans les années 1870 avec des barillets forés de part en part.
    C’est aussi dans ces années 1850 que Colt reprend la fabrication de fusils et de carabines à répétition (mousquets-revolvers) avec chargement latéral et au calibre 44. Malgré la concurrence de la Winchester, et le défaut très dangereux pour l’utilisateur de voir s’enflammer simultanément plusieurs chambres (les premières années surtout), il en vendra près de vingt mille. Dans les années 1880, la firme Colt décline un nouveau fusil-carabine à répétition et chargement tubulaire (quinze cartouches) en trois formats les « Lightning magazine Rifle » mais ne pourra détrôner la Winchester dans les contrées de l’Ouest.
    L'USINE COLT


    La concurrence de Smith & Wesson
    En 1854, Horace Smith et Daniel B. Wesson mettent au point et font breveter une cartouche métallique à percussion annulaire. Mais son petit calibre (22 Long Rifle) empêche son utilisation dans la plupart des revolvers. On trouvera donc toujours, malgré leurs défauts, des revolvers à percussion, jusqu’en 1880. Il faut dire, aussi, qu'au fin fond de l'Ouest sauvage, les cartouches arrivaient mal, il était plus pratique de couler soi-même ses balles rondes. En 1855, un certain Rollin White a l'idée de forer de part en part le barillet des revolvers, autorisant ainsi le chargement par l'arrière. Il approche Colt pour lui proposer une exploitation commerciale. Ce dernier juge la nouveauté sans intérêt. C’est finalement la firme Smith & Wesson qui en achète les droits en 1856, bien contente de pouvoir exploiter le seul type de barillet susceptible de fonctionner avec ses nouvelles cartouches. L'expiration du brevet Colt (1857) sur le barillet permet à au célèbre duo d’établir une exclusivité sur les barillets forés de part en part jusqu'en 1869.
    Toujours en 1854, Smith & Wesson achètent à Lewis Jennings le brevet d’un mécanisme à répétition entièrement nouveau, dérivé d’un système inventé par Walter Hunt en 1848 : un fusil à répétition à magasin tubulaire sous le canon. Le duo demande à l’ingénieur B. Tyler Henry quelques améliorations (magasin porté de vingt à trente cartouches) et décide de le fabriquer dans leur « Vocanic Repeating Arms Company ». Actionné par un levier formant pontet, un système coudé met en mouvement une culasse coulissante qui va prendre les cartouches situées dans un magasin tubulaire sous le canon pour les amener dans le canon, et arme le chien. Le fusil Volcanic doit porter un terrible coup au fusil à répétition (7 cartouches dans un magasin tubulaire) que Christopher Spencer avait mis sur le marché dans les années 1840. Déception. La faible portée des cartouches Volcanic casse l’image de ce fusil et la firme fait faillite en 1857.

    Oliver F. Winchester (1810-1880) invente la carabine la plus célèbre de l’Ouest
    La firme « Volcanic » et le brevet du fusil à répétition sont rachetés pour quelques dollars par Oliver F. Winchester, un très riche fabricant de chemises et pantalons en "toile jean" de Boston. Celui-ci demande des améliorations à l'ingénieur Tyler Henry, notamment au plan de la puissance en l'adaptant aux cartouches métalliques de calibre 36 ( 1860 ) puis 44 ( 1862).
    Il le nomme directeur général et baptise son usine : « Henry Repeating Arms Company. » En 1862, le premier fusil Henry est présenté. Cette arme légère fait sensation avec ses seize cartouches tirées en dix secondes et sa précision jusqu’à 200 mètres. La production est lancée en série malgré les réticences de l’armée qui trouve la cartouche trop peu puissante, et reste très attachée au fusil Springfield (calibre 45). Lors de la guerre de Sécession, un autre fusil à répétition est mis en concurrence avec les deux autres : la carabine Spencer, à magasin tubulaire également, mais dans la crosse et à temps de rechargement plus lent pour ses 7 coups que la Winchester pour ses 15.
    Dès 1837, Samuel Colt fabrique aussi des fusils et des carabines (fusil léger, au canon souvent court et rayé) à répétition suivant le système des revolvers Paterson. Mais le succès n’est pas au rendez-vous.
    En 1866, Nelson King, le successeur de Tyler Henry dote le fusil Henry d’un meilleur système pour extraire les étuis de cartouches et pratique sur le côté droit de la carcasse une ouverture permettant d’introduire la poudre. La fabrique est rebaptisée « Winchester Repeating Arms Company » et le nouveau modèle présenté sous le nom de Winchester 1866 surnommé yellow Boy. Il sera décliné en trois versions , mousquet (canon de 27 pouces), fusil (canon de 24 pouces) carabine (canon de 20 pouces). Dans ces années 1860, le succès est énorme. Entre 1866 et 1873, la firme vendra près de 120 000 fusils.
    FUSIL HENRY 1860


    WINCHESTER 66
    Avec le modèle Winchester 73, L’ancien marchand de chemises fait fortune. Carabine ou fusil, elle devient l’arme la plus répandue dans l’Ouest et sera surnommée « le fusil qui conquit l’Ouest ». Le cinéma saura aussi la mettre en valeur dans de nombreux westerns et Anthony Mann la glorifiera même dans un film qui porte son nom. Décliné toujours en trois versions (c’est la carabine qui a les faveurs du 7ème Art), le modèle, renforcée et sécurisé par rapport au précédent, ne change pas de calibre (44) mais la cartouche à percussion centrale (et plus annulaire) voit sa charge de poudre augmentée. Appréciée pour sa robustesse, sa légèreté et sa rapidité, la carabine fait le bonheur des chasseurs et s’avère très efficace contre les Indiens.
    FUSIL ET CARABINE WINCHESTER 73
    En 1876, la firme sort un gros modèle la Winchester 76 pour les chasseurs de gros gibiers (calibres 45 et 50).
    FUSIL ET CARABINE WINCHESTER 76
    En 1878, la firme Colt adapte son modèle Frontier (calibre 45) à la cartouche 44. La Winchester 73 pour tenir ses ennemis éloignés et le colt Frontier pour les combats rapprochés constituent alors une combinaison très idéale pour les hommes de l’Ouest qui n’ont plus besoin que d’une cartouchière. Plus de 700 000 carabines furent mises sur le marché.
    En 1885, la firme engage un jeune ingénieur prometteur, John Moses Browning (1855-1926). Il met au point une carabine à un coup et l’année suivante, il modifie le dispositif de chargement pour supporter de lourdes charges sur la série « Winchester à répétition ». C’est la Winchester 86
    MODELE A UN COUP CRÉÉ PAR BROWNING POUR WINCHESTER
    FUSIL ET CARABINE WINCHESTER 86
    En 1892, la firme, toujours avec Browning, lance une version miniaturisée du lourd fusil 86 qui doit remplacer la célèbre version 73. Mais les grandes pages de la conquête de l’Ouest sont maintenant tournées. Pourtant cette Winchester 92 (calibre 44 mais aussi 38, 32, 25) sera fabriquée jusqu’en 1941 et plus d’un million d’exemplaires sortiront de l’usine.
    FUSIL ET CARABINE WINCHESTER 92
    En 1894, une arme légère, pour la chasse au calibre 30 ou 32 est mise sur le marché. Cette Winchester 94, pratique et maniable devient l’arme du western hollywoodien. Peu importe l’année où se passe le film, tous les westerners du cinéma ou de la télévision la portent dans leur étui de selle.
    FUSIL ET CARABINE WINCHESTER « HOLLYWOOD » 94

    Enfin en 1895, pour résister à la déflagration plus forte causée par la nouvelle poudre de nitrate sans fumée (remplaçant la célèbre poudre noire), la firme sort un modèle (Winchester 95) construit jusqu’en 1942. C’est la dernière création d’envergure de Browning pour Winchester. Il quitte définitivement la firme Winchester en 1901, pour voler de ses propres armes. D’autres modèles verront le jour au vingtième siècle.

    sources : http://www.ac-nancy-metz.fr/cinemav/plaine/html/th_histm4.html

    LES DERNIERES CREATIONS DE BROWNING EN 1895
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  • L'histoire de l'Ouest : mythe et réalité
     
    Les photographes de l'Ouest
     
     
    Jean-Marie TIXIER, Maître de Conférences, Université Montesquieu-Bordeaux IV, Président du Cinéma Jean Eustache (Pessac).
    Aux USA, la photographie doit beaucoup à Matthew B. Brady. Il vit défiler devant son objectif toutes les personnalités des États-Unis durant un demi-siècle. Cette notoriété lui valut d'être chargé officiellement de fixer sur la pellicule les grands moments de la guerre civile.

    Brady supervisait les prises de vues des photographes qu'il avait lui-même formés: Tim O'Sullivan, Alexander Gardner et A.J. Russell. Aujourd'hui, les clichés de l'équipe de Brady constituent une source d'une valeur inestimable pour quiconque désire étudier ou mettre en scène la guerre de Sécession.
     
    Une photographie de Robert Lee, général en chef des confédérés

     
    Grant et Lincoln

     


     
    Horace Greeley, publiciste auteur du célèbre slogan Go west, Young Man…

     
     
    Alexander Gardner, le plus connu des élèves du maître, photographie aussi la guerre civile avant de prendre la route de l’Ouest.

    En effet, une fois la guerre achevée, Brady repartit vers la côte Est et son travail fructueux de portraitiste; ses élèves s'en allèrent dans l'Ouest. Gardner et Russell se firent les commis publicitaires d'une compagnie de chemin de fer. O'Sullivan préféra descendre le Colorado, découvrir les canyons de l'Arizona, traverser le pays de l'Idaho au Nouveau-Mexique, vivre avec les Shoshones, les Apaches ou les Navajos. Ces deux voies seront celles qu'emprunteront tous les photographes. Certains s'attacheront à restituer les épisodes mouvementés de la conquête. D'autres iront chez les Indiens fixer sur leurs plaques ces Américains-en-voie-de-disparition.
     
    Ma-To-Lousah (Swift Bear) par Alexander Gardner.
    Mais de plus grâce aux progrès techniques, la photographie pénétra rapidement dans les usages sociaux. Le photographe fit partie de l'environnement de la conquête; il était présent dans ces petites villes de la Frontière et leurs habitants venaient poser, pour l'éternité, devant ses objectifs. Si bien que nous disposons du portrait photographique de la plupart des acteurs célèbres de cette saga: Buffalo Bill, bien sûr, mais aussi Wild Bill Hickok, Wyatt Earp, Custer, etc. Les chefs indiens auront aussi droit à leur cliché: Nana., Geronimo, Natchez, pour les Apaches, Sitting Bull et Red Cloud pour les Sioux.
     
    Pour exemple, la ville de Tombstone, le théâtre du célèbre règlement de comptes à OK Corral, fut photographiée et nous avons la photo de Ed Schieffelin, son fondateur et du The Crystal Saloon.
     
    Un curieux rassemblement… Dans cette photo de groupe prise à l’issue d’une partie de chasse en 1880 à Hunter’s Hot Springs dans le Montana, on trouve de gauche à droite : Wyatt et Virgil Earp, Doc Holliday, Teddy Roosevelt, Jeremiah Johnson, Butch Cassidy & the Sundance Kid, Bat Masterson, le Juge Roy Bean… Bref, un grand nombre de héros (plus ou moins convenables) de la conquête réunis pour l’éternité…
     
    Trois figures de l’Ouest

     
    Assis à l’extrême droite Butch Cassidy et the Sundance Kid à l’extrême gauche avec les hommes de leur bande endimanchés. Plus amusante que la photo de Butch Cassidy au pénitencier et très proche de la représentation offerte par le film de George Roy Hill, Butch Cassidy and the Sundance Kid (1969) avec Paul Newman et Robert Redford dans les rôles titres…
     
    La célèbre Calamity Jane

    Enfin en 1895, pour résister à la déflagration plus forte causée par la nouvelle poudre de nitrate sans fumée (remplaçant la célèbre poudre noire), la firme sort un modèle (Winchester 95) construit jusqu’en 1942. C’est la dernière création d’envergure de Browning pour Winchester. Il quitte définitivement la firme Winchester en 1901, pour voler de ses propres armes. D’autres modèles verront le jour au vingtième siècle.
     
    Et le non moins célèbre Judge Roy Bean dans son environnement que l’on dirait tout droit sorti du film de John Huston.

     
     
    Les petites gens et les sans grade ont aussi posé pour l’éternité.
     
    La fascination des grands espaces continue comme l’atteste ce cliché de Tim O’Sullivan, un élève de Brady parti à l’Ouest, Shoshone Canyon and Falls on the Snake River in Idaho, 1879. ...
     
    ...ou celui de John K. Hiller
     
     
    A la fin des années 1870, John K. Hiller photographie aussi bien les indiens Zuni que les grands espaces et ne néglige pas l’autoportrait sous le Big Sky…

    Mais la conquête s’achève dans les derniers soubresauts des guerres indiennes. La photo est présente.
     
    Pour immortaliser Quannah Parker, Chef Comanche, fils de Cynthia Parker, la texane & ses deux filles.
     
     
    Comme George Armstrong Custer, les scouts et ses chevaux...
     
    ...ainsi que ses deux vainqueurs : le chef de guerre Red Cloud (by Charles Bell 1880) & le shaman Sitting Bull (by Palmquist & Jurgens 1884).
     
    En raison de son importance, Sitting Bull a droit aussi à des portraits de famille.
     
    Le massacre de Wounded Knee est couvert et les clichés de cadavres abondent comme une trace indélébile dans la mémoire de la conquête.
     
    Avec la paix, vient l’heure de l’acculturation pour les indigènes : il faut bien dissiper la nuit morale en leur apportant la lumière… Geronimo avant et après…
     
    Une école se consacre à cette noble tache : The Carlisle Indian School. Créée en 1878 en Pennsylvanie, cette école militaire avait pour but de "kill the Indian and save the child." La photo témoigne des progrès accomplis et de la bonne conscience qui prévaut à l’époque.

    La mort de l’Ouest et de ses protagonistes n’empêchent pas le mythe de vivre. Loin s’en faut ! La peinture de l’Ouest ne s’arrête pas : elle est toujours vivante.
     
    Henry François Farny, 1847-1916, est un peintre né en France.
     
    Joseph Henry Sharp, 1859-1953
     
     
     
    Un photographe consacre sa vie à un travail de nature ethnographique sur les Indiens. Edward S. Curtis laisse 140 volumes de recueil de photographies, avec 15000 clichés sur les 40000 qu'il a pris en tout. Nous retrouvons dans des photographies de Curtis une composition comparable à celle des aquarelles de Bodmer. Mais Curtis n’est pas isolé ; il existe un très grand nombre de photographes talentueux qui ont consacré leur vie professionnelle aux Indiens. Les clichés de Karl Moon ou ceux de Charles Milton Bell, ceux de John K. Hiller ou de Frank A. Rinehart témoignent tous de la fascination des américains blancs pour leurs compatriotes indigènes en train de disparaître.
     
     
    Bear Legs, Osage ou le Navajo boy par Karl Moon au début du XXe siècle
     
    En simplifiant, une filiation pourrait être établie entre Bodmer et Curtis d'une part, et entre Remington et Gardner d'autre part. La photographie emprunte le chemin que la peinture a tracé; il existe une photographie de la conquête et une du rêve de l'Ouest. Comme pour les peintres, il est aisé de retrouver dans les westerns l'influence des photographes. Delmer Daves avant de tourner "Cow-boy", consulta les clichés de Gardner sur Wichita. John Ford s'est largement inspiré des photographies de Brady pour donner à "The Horse Soldiers" son authenticité.

    Dans le public, la peinture comme la photo imposèrent un mode de composition de l'image que le cinéma, à ses débuts, sera contraint de reprendre. Mais de plus, elles ont contribué à rendre familières des situations types, et à former une attente et une demande de la part des futurs spectateurs. Le théâtre et le cirque vont donner vie à ces situations.
     
    The West Wild Show de Buffalo Bill va parcourir le monde. Le gouvernement américain lui "prête" obligeamment Sitting Bull pour en faire une "guest star" avant de le renvoyer dans sa réserve et finalement l’assassiner. Ils posent ensemble pour la publicité et Sitting Bull a déjà le regard perdu. Quant à Buffalo Bill, il plastronne à cheval comme l’a caricaturé avec méchanceté Robert Altman dans "Buffalo Bill and the Indians or Sitting Bull’s History Lesson" (1976) sous les traits de Paul Newman.
    Dans un petit livre destiné aux enfants américains, The Golden Book of Indian Stamps, qui leur raconte "the authentic stories about Indian life", il y a une vignette à coller pour identifier Cochise, "Famous Apache Chief" (p.36 dans la dix-neuvième édition de 1980 ; la première remonte à 1954 – Western Publishing Compagny Inc. Racine, Wiscontin). La vignette est encadrée en bas à gauche d’un photogramme de Jeff Chandler qui interprète le chef Apache dans Broken Arrow de Delmer Daves (1950) et à droite d’une photo de Cochise. Qui a dit dans l’Ouest quand la légende dépasse la réalité, on imprime la légende ?
      
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  • Franck RINEHART

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Etats-Unis, 1898
    par Frank Rinehart

    Le photographe américain Frank Rinehart était réputé pour ses somptueux portraits d’amérindiens de la fin du 19e siècle. Ce portrait fut réalisé en 1898 lors du congrès de l’identité amérindienne à Omaha, dans le Nebraska, et montre le Chef Cheyenne Wolf Robe fier de porter une médaille – symbole de paix – sur laquelle figure le président américain Benjamin Harrison.

     

    FakeLe face

    Franck RINEHART

     

     

     

     

     

     

     

     

    Franck RINEHART

     

     

     

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  • Rita LEISTNER photographe canadienne

    Chef Yellow Shirt, Sioux Hunkpapa.

    Photographié par Frank Rinehart en 1898.

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  • Rita LEISTNER photographe canadienne

    Rita Leistner est l'un des photo journalistes canadiens les plus réputés, dont le travail a été exposé dans le monde entier et publiées dans des revues telles que Temps , Newsweek , Vanity Fair Italie , Rolling Stone , et The Walrus .

      

    SOURCES : http://edwardcurtisproject.ca/edwardcurtis/photographs-by-edward-curtis/

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  • Photographs by Edward S. Curtis

     

     
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  • les Peintres de l'OUEST

    les Peintres de l'OUEST

    les Peintres de l'OUEST

    les Peintres de l'OUEST

    les Peintres de l'OUEST

    les Peintres de l'OUEST

    Groupe de Sioux, peint par Charles Deas, vers 1845
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  • Groupe de Sioux, peint par Charles Deas, vers 1845
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    IROQUOIS

    (texte traduit de l'américain)

    GALLERY http://www.edwardscurtis.com/

      

    Edward Sheriff Curtis est né dans le Wisconsin en 1868 aux parents, Ellen Johnson et Curtis. Sa soeur, Eva, est née en 1870 et son frère, Asaël, en 1874.

    Edward avait aussi un frère aîné, Ray, né en 1861. Après la naissance de Asaël la famille s'installe à Cordoue, un établissement rural de Le Sueur County, Minnesota, où Johnson Curtis travaillé comme un prédicateur pour United Brethren Church.

    Comme un garçon Edward souvent accompagné son père sur les voyages en canot pour visiter les membres de la congrégation. Son activité de plein air l'expérience avec son père l'a aidé à se préparer à l'important travail de terrain qu'il ferait plus tard dans sa carrière. Comme un adolescent Edward a construit son propre appareil photo avec l'aide de l'Photographics populaire puis manuelle Wilson. Il est également possible qu'il ait travaillé pour un photographe à St-Paul pour une période de temps avant que sa famille déménage dans l'Ouest.

    Parce que la santé de son père n'était pas bonne et son frère aîné avait Ray mariée et a déménagé à Portland, Oregon, Curtis a pris beaucoup de la responsabilité de soutenir la famille. Il a travaillé pendant un certain temps en tant que superviseur sur le Minneapolis, St. Paul et Sault St. Marie Railroad.

    IROQUOIS

      

      

     

    À l'automne de 1887 Edward et son père s'est rendu à Washington et par territoire d'hiver se sont installés dans le Puget Sound. Ils ont été rejoints par Ellen Curtis et les deux autres enfants au printemps suivant. Peu après leur arrivée Johnson Curtis a contracté une pneumonie et mourut. Edward a ensuite assumé la responsabilité principale de soutenir la famille. Bien que son revenu était maigre, il a pu acheter un appareil photo.

     En 1892, il épousa Clara Phillips et a ouvert un studio de portrait à Seattle, en partenariat avec Thomas Guptill. Alors que leur activité a été très réussie, ils se séparèrent en 1897 et rebaptisé l'entreprise Curtis Edward S. Curtis, photographe et photograveur. 

    Dans le milieu des années 1890 Curtis a commencé à photographier les Amérindiens locaux à creuser pour les palourdes et les moules sur les appartements de marée.

      

    Princess Angeline (rare unpublished) - Edward S. Curtis


    Princesse Angéline le tout premier cliché, Fille d'un grand chef indien, Chef ealth..

    Un de ses premiers modèles était princesse Angeline, la fille âgée de chef Sealth, l'Indien Suquamish après qui est nommé à Seattle. A la Convention nationale de photographie de 1899 Curtis a été décerné le grand prix pour trois de ses mous-centré, couleur sépia des images de Puget Américains sonore native:. Soirée sur le son, le Clam Digger, et Le Moule Rassembleur Curtis était un amateur de plein air et passé beaucoup de temps d'escalade et de prendre des photos sur les pentes du mont Rainier. IROQUOIS

    Lors d'une de ses excursions, il est arrivé et a aidé à un groupe d'alpinistes qui ont perdu leur chemin. Ils étaient membres d'une commission gouvernementale et inclus le Dr C. Hart Merriam, naturaliste et médecin, et le Dr George Bird Grinnell, rédacteur en chef du magazine de Field & Stream et un naturaliste bien connu et écrivain sur les Indiens des Plaines.

    Cette rencontre fortuite s'est avéré être très bénéfique pour Curtis et a joué un rôle essentiel dans sa sélection en tant que photographe officiel de l'expédition Harriman en Alaska en 1899. Cette expédition de deux mois organisé par le Railroad Tycoon Edward Harriman incorporé les talents d'éminents scientifiques américains et naturalistes de nombreux domaines.

    Curtis a fait plusieurs connexions précieuses sur ce voyage qui serait utile pour cours de son travail sur le projet North American Indian. Curtis a passé l'été 1900 avec George Bird Grinnell observant la danse du soleil dans un campement de sang, Blackfeet et Algonquin dans le Montana. Ce fut une expérience passionnante et cruciale pour Curtis, l'augmentation de son intérêt pour les cultures amérindiennes et confirmant son désir de poursuivre l'étude et la documentation photographique des tribus indigènes d'Amérique du Nord.

    Un voyage pour visiter la réserve Hopi en Arizona quelques mois plus tard encore alimentée son enthousiasme et son lecteur. En attendant, Curtis commence à obtenir une reconnaissance nationale à travers des articles et la publication de ses photos. En 1904, encouragé par la popularité de ses images Indien, Curtis a commencé sérieusement à la photographie d'autres tribus dans tout l'Occident. Il a embauché Adolph Muhr de gérer sa chambre noire, à Seattle et a commencé à passer plus de temps et plus dans le domaine.

    A présent, Curtis avait imaginé un plan pour documenter toutes les tribus l'ouest du Mississippi qui maintenaient à un certain degré de leur mode de vie des autochtones et des douanes. Curtis accord avec l'opinion commune savants que très bientôt, toutes les cultures amérindiennes seraient absorbés dans la société blanche et entièrement disparaître. Il voulait créer un ouvrage savant et artistique qui catalogue les cérémonies, les croyances, la vie quotidienne et des paysages de cette «race de disparaître.

    " En cette même année Curtis rendu à la côte Est pour discuter de ses idées avec Frédéric Webb Hodge et William Henry Holmes du Bureau de la Smithsonian of American Ethnology. M. Hodge deviendra un ami pour la vie de Curtis ainsi que rédacteur en chef de l'ensemble du projet North American Indian.

    Pendant ce temps Curtis fait une autre connexion très chanceux. Quelques années auparavant, il avait remporté un premier prix pour un portrait d'une jeune fille qu'il avait soumis à un concours Ladies Home Journal. En conséquence, Curtis a été demandé de photographier le président Theodore Roosevelt et sa famille. L'invitation lui a donné l'occasion de montrer Roosevelt certaines de ses photographies de l'Inde et le Président a été très impressionné.

    Curtis développé une amitié avec Roosevelt, qui l'encourage dans son travail tout au long de sa carrière. En 1906, Curtis approché Railroad Tycoon JP Morgan pour demander une aide financière pour son projet. Morgan a accepté de lui verser un total de 75 000 $, ou 15 000 $ par année pendant cinq ans. Chef d'oeuvre de Curtis, The North American Indian, il a décidé et Morgan, serait un ensemble de 20 volumes de texte ethnographique illustré avec photogravures de haute qualité tirée de son négatifs sur plaque de verre.

    Chacun de ces volumes seraient accompagnés d'un portefeuille d'images de grande taille, tous somptueusement reliés en maroquin. Les papiers utilisés pour l'impression serait aussi de la meilleure qualité: un stock gravure hollandaise de Van Gelder, un vélin japonais, et pour les abonnés les plus exigeants, un mouchoir en papier translucide japonais. Pour financer la publication, Curtis aurait vendre des abonnements à environ $ 3.000 par série, avec un total de 500 ensembles d'être publiés.

    Le président Roosevelt a accepté d'écrire l'avant pour le projet. En échange de son investissement, Morgan recevrait 25 ensembles de The North American Indian et 500 photographies originales. Curtis a reçu son premier chèque de 15 000 $ par Morgan le 30 Mars, 1906. Dès lors, Curtis a été constamment de travail et de photographier dans le champ, donnant des conférences et des diaporamas à travers les États-Unis, et tous les marchés tout en luttant pour The North American Indian.

    Il fut bientôt évident que la date d'achèvement du projet serait loin d'étendre l'estimation initiale de cinq ans. En attendant, le studio de Seattle a été plutôt bien sous la direction d'Adolph Muhr d'. Il a attiré un nombre d'assistants talentueux, y compris Imogen Cunningham, qui a passé plus de deux ans de travail dans la chambre noire, sous la tutelle du Muhr.

    IROQUOIS

    Lorsque Muhr décédée en 1913, la direction du studio est allé à Ella McBride, un photographe et alpiniste de Portland. Alors que le studio avait une excellente réputation et une clientèle fidèle, le coût de l'impression des images indiens de Curtis consommé beaucoup de profits du studio.

    Après les salaires sont payés, très peu a été laissé pour Curtis famille. Curtis femme Clara, avec leurs trois premiers enfants, Harold, Beth et Florence, initialement accompagné de Curtis sur beaucoup de ses voyages. Cette grandi fatigante cependant, et les absences prolongées de Curtis de Seattle exercer une pression sur le mariage. En 1916, Clara Curtis a demandé le divorce.

    Au moment du règlement du divorce en 1919, Clara a reçu tout, y compris le studio de Seattle et de tous les négatifs de Curtis. A cette époque beaucoup d'aspects négatifs du studio plaque de verre ont été détruits. La fille aînée de Curtis, Beth, a déménagé avec Curtis à Los Angeles où ils ont ouvert un studio ensemble. Son quatrième enfant, Katherine, ou "Billy", né en 1909, vivait avec sa mère à Seattle, ayant très peu de contacts avec son père.

    Au moment où Curtis déménagé à Los Angeles, il n'était plus recevoir des fonds de JP Morgan, qui avait mourut en 1913. Il a travaillé aux côtés de Beth dans le studio et, quand il pouvait se le permettre, a poursuivi son travail de terrain pour The North American Indian. En cela, il était accompagné de son assistante précieuse William Myers, qui avait été avec lui dès le début.

    Durant cette période, Curtis a également fait quelques travaux à Hollywood, en prenant des photographies d'Elmo Lincoln comme Tarzan et de travailler sur des films tels que Les Dix Commandements, côte d'Adam, roi des rois, et de Buffalo Bill. En 1922, quand Curtis publié le volume 12 du Nord Indien de l'Amérique après un laps de six ans, Jack Morgan, le fils de JP Morgan, avait accepté de fournir des fonds pour tous les coûts d'impression restantes.

    Luttant pour arriver à tous les fonds supplémentaires, Curtis a continué à travailler avec Myers et Frédéric Hodges, son rédacteur en chef, sur le projet. Myers laissé Curtis en 1926 et a été remplacé par Stewart Eastwood. En 1927, Curtis fille Beth a fourni le financement pour Curtis «voyage en Alaska à rassembler du matériel pour le dernier volume.

     En 1930, les volumes 19 et 20 ont été publiés et le North American Indian projet a finalement été terminé. A cette époque, la popularité de travail de Curtis avait diminué. En 1935, The North American Indian Société liquidé ses actifs et les matériaux restants du projet ont été vendus à la Compagnie Charles Lauriat, un marchand de livres rares, à Boston. Lauriat a acquis 19 ensembles invendus de The North American Indian, des milliers d'impressions individuelles, des feuilles de papier non consolidées, et les plaques à la main héliogravure en cuivre.

    IROQUOIS

    Les négatifs sur plaque de verre de Curtis, ont été laissés dans le sous-sol Morgan Library et ont finalement été détruits ou vendus pour presque rien. Dans les années qui ont suivi l'achèvement de la North American Indian Curtis projet lui-même impliqué dans des entreprises minières et a continué à faire des travaux occasionnels dans Hollywood.

    Vers 1947, il s'installe sur une ferme à Whittier, en Californie, qui appartenait à Beth et son mari Manford Magnuson. A cette époque Curtis était très proche de tous ses enfants, dont Katherine, qui avait déménagé en Californie où sa mère est morte en 1932. Curtis est mort d'une crise cardiaque le 19 Octobre 1952 à la maison de Beth à Los Angeles. Preuve que Curtis et son Lifework avait presque sombré dans l'obscurité éait la nécrologie brève parue dans le New York Times, appelle un expert en histoire amérindienne et mentionnant qu'il était aussi connu comme photographe.
     

     

     

     

      

    SOURCES : JOSEPH BELLOW http://www.josephbellows.com/artists/edward-s-curtis/bio/

      

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  • Edward Sheriff Curtis (1868 - 1952) Par Michel Lecocq

    "... en raison de la combinaison singulière des qualités avec lesquelles il a été béni …. M.Curtis a pu faire ce qu'aucun autre homme n'a jamais fait ; ce que, dans la mesure où nous pouvons le voir, aucun autre homme ne pourrait faire. Il est un artiste qui établit des portes et pas seulement dans un bureau…"
    Théodore Roosevelt - 1906

    mt_expandEdward Sheriff Curtis (1868 - 1952) fut l'un des plus grands photographes qu'aient connus les Etats-Unis, précurseur d'une génération de portraitistes et de journalistes voyageurs : je pense notamment à Sebastiao Salgado, non pas que son œuvre soit d'une rare conception artistique à l'image du
    travail d'Ansel Adams mais elle est à bien des égards un travail de patience unique dans les annales photographiques et un témoignage ethnographique formidable et courageux sur ces populations indiennes alors bien proche de la disparition.
    Il fut, à une époque de rare violence envers les indiens suite au massacre de Wounded Knee (1891), un des pères fondateurs de la réhabilitation tout du moins partielle de l'âme indienne.

    DE LA NAISSANCE A LA MORT

    mt_expandEdward Sheriff Curtis est né dans le Wisconsin en février 1868. Il est le deuxième enfant d'une famille très unie qui va encore accueillir en son sein : Éva en 1870 et Asahel en 1874. Ses parents, Ellen et Johnson, suite à la naissance d'Asahel décident de s'installer dans le Minnesota, dans un petit village rural : Cordova où son père officie alors en tant que prédicateur au sein d'une congrégation religieuse (l'église des frères unis). Il est de par ses activités bien souvent amené à se déplacer de village en village et est alors bien souvent accompagné de Edward qui adore déjà cette vie rude au grand air à l'inverse de son grand frère Ray : l'aîné de 7 ans. Elle le préparera par la suite à connaître et à affronter des moments difficiles dans les vastes étendues sauvages de l'ouest américain.

    Pour Edward, les années suivantes à Cordova, sont alors des années d'insouciance où il s'initie à la photographie. Vite passionné, il en arrive à construire même son propre appareil photographique à l'aide d'un manuel dédié entièrement à la technique photographique naissante et très populaire à l'époque : le " Wilson's photographics ". Il est également possible au cours de ces années qu'il ait travaillé en tant que jeune assistant pour un photographe à Minneapolis mais cela n'a jamais pu être vérifié.
    Mais hélas, la santé déclinante de son père associé au départ de son grand frère à Portland dans l'Oregon l'oblige au cours des années 1880 à s'investir davantage encore dans la vie familiale et à trouver rapidement un travail afin de suppléer les absences répétées de son père. C'est au cours de ces quelques années (entre 1885 et 1887) qu'il travaille comme surveillant de prison également à Minneapolis puis dans les chemins de fer. La passion de la photographie néanmoins ne le quitte pas.

    mt_expandA l'automne 1887, son père souhaitant chercher la bonne étoile à défaut de la santé, quitte Cordova, avec Edward, pour s'installer en plein hiver dans le territoire de Washington. Ils sont rejoints très vite par Ellen et les deux plus jeunes enfants au printemps suivant : la santé de Johnston déclinant rapidement.
    Il meurt la même année d'une pneumonie, Edward alors âgé de 20 ans prend la destinée de la famille en main. Il décide de s'investir dans le milieu de la photographie et achète alors malgré des revenus très maigres : un appareil photo.

    UNE IDEE QUI FAIT SON CHEMIN

    mt_expand1892 est l'année bien sûr de son mariage avec Clara Philips, c'est également et surtout l'année de l'ouverture de son studio de portrait à Seattle en association avec Thomas Guptill. Cette association s'arrêtera 5 ans plus tard alors que le studio est en pleine expansion : Edward reprendra l'affaire à son compte.

    C'est également au cours des années 1890 que Edward envisage déjà de photographier les tribus indigènes locales : SUQUAMISH, il réussit ainsi à se faire remarquer dans le monde de la photographie et en 1899 lors de la convention photographique nationale, trois de ces clichés pris au sein de ces mêmes tribus sont récompensés : il obtient le grand prix national : récompense qui l'aidera beaucoup par la suite pour l'élaboration de son projet.
    C'est également au cours de cette période qu'Edward fait une rencontre bien fortuite mais déterminante pendant l'une de ces escapades dans les montagnes du Territoire de Washington.
    En voulant aider un groupe de grimpeurs égarés, il fait la connaissance des docteurs Hart Meriam et Bird Grinnel : naturalistes et ethnologues célèbres à l'époque qui l'engagent à proposer ses talents de photographe dans l'expédition qui se prépare de découverte des côtes de l'Alaska sous l'organisation de monsieur Harriman : riche homme d'affaire.
    De cette expédition Edward ramène de nombreux témoignage fort intéressants sur la vie des
    tribus locales : témoignages qui lui permettent d'entrevoir la possibilité d'effectuer un travail
    plus dense sur le sujet.
    Sa conviction profonde est également renforcée par l'expérience passionnante qu'il réalise au cours de l'été 1900 avec l'aide de son ami, le docteur Bird Grinnel : partageant la vie des tribus Algonquins et Blackfeet dans le Montana.

    mt_expandEdward est alors bien décidé à poursuivre cette étude photographique des tribus indigènes de l'Amérique du nord d'autant plus qu'il commence à être connu du grand public grâce aux nombreux articles qui lui sont dédiés et aux photographies qu'il propose pour l'édition. C'est ainsi qu'entre 1901 et 1904, il réalise déjà de très nombreux clichés de tribus indiennes notamment en Californie et au colorado.

    LE GRAND PROJET

    mt_expandEn 1904, fort du succès que rencontrent ces images indiennes, Edward commence vraiment à s'investir dans le projet qui lui tient à cœur. Très souvent absent car sur le terrain, il est alors obligé, pour assurer le fonctionnement de son studio photographique à Seattle, de louer les services d'un photographe adjoint : Adolph Muhr.
    Son plus grand souhait est de réaliser un travail scientifique et artistique qui rendrait compte
    parfaitement des traditions et des croyances en survivance de ces tribus pas encore phagocytées par la culture néo-américaine.

    C'est dans cette optique qu'il effectue la même année un voyage d'affaire à Washington afin de rencontrer Frédérick Webb Hodge et William Henry Holmes de la " Smithsonian Institute of American ethnology ".
    Monsieur Hodge deviendra par la suite un ami intime d'Edward et le rédacteur du projet alors
    finalisé. Il obtient également, bien fortuitement la même année, l'aide du président Théodore
    Roosevelt qui séduit par ces talents de portraitiste déjà récompensé à de multiples occasions,
    l'avait sollicité bien avant cette aventure naissante afin d'immortaliser la première famille des Etats-Unis. Roosevelt impressionné par ses images indiennes l'encouragera alors dans son
    travail pendant toute sa carrière devenant l'un de ses amis les plus proches et l'auteur de la
    préface de l'œuvre photographique à venir.

    C'est fort de ces soutiens de renom qu'il entreprend d'effectuer les démarches financières nécessaires afin de mener ce projet à terme. Il prend contact au cours de l'année 1906 avec monsieur Morgan, homme d'affaire très influent qui accepte de l'aider en contrepartie d'une
    exclusivité sur un certain nombre de photos et de tirages de l'œuvre finale : " l'indien d'Amérique du nord " . 500 exemplaires de 20 volumes seront édités. Sur une enveloppe globale de 75000 dollars, répartie sur 5 ans, une première somme de 15000
    dollars est alors versée sur le compte d'Edward ; le 30 mars 1906.

    mt_expandEdward, à partir de cet instant, n'a de cesse d'effectuer des conférences et autres rencontres afin d'assurer le succès à cette grande et belle opération bien évidemment au détriment des prises de vue. Le projet prend ainsi très vite du retard mais en contrepartie, le succès de son studio à Seattle est grandissant en raison bien entendu de la notoriété de son propriétaire mais également grâce à la compétence d'Adolph Muhr.

    TRISTESSE ET DESILLUSION

    En 1912, l'œuvre colossale qu'a décidé d'entreprendre Edward est bien loin d'être à sa conclusion comme cela avait été décidé 6 ans plus tôt et la mort de monsieur Morgan en 1913 entraîne la fin de l'aide financière qui lui avait été alors allouée.
    Une grande partie des bénéfices réalisés par son studio photographique dirigé à la mort de monsieur Muhr (également en 1913) par Ella Mc Bride, servent donc alors à poursuivre l'incessant travail.
    C'est ainsi que le désespoir de voir, peut-être, ce projet si contraignant ne jamais aboutir lié à
    des difficultés financières trop importantes oblige le couple Curtis à divorcer au cours de
    l'année 1916.

    Edward, suite à ce divorce, perd en 1919 tous ses biens et en particulier le studio photographique installé à Seattle et les négatifs si chèrement acquis qui seront pour certains par la suite détruit (par Edward lui même, paraît-il !!?).
    C'est grâce à l'aide de Beth, l'aînée de ces filles qu'il décide alors de reconstruire sa vie bien mal engagée : ils ouvrent ensemble ainsi un studio photographique à Los Angeles pendant l'année 1920. Il est également bien aidé par son fidèle collaborateur : William Myers.

    mt_expandEdward ne reste pourtant pas inactif malgré ces nombreux coups du sort et propose ses services dans l'industrie cinématographique en plein développement : il travaille ainsi comme photographe sur des films comme : " les dix commandements ", " le roi des rois " et bien d'autres. De ce fait, en 1922, seuls 12 volumes sur les 20 prévus initialement de " l'indien d'Amérique du nord " sont édités et c'est grâce à l'action financière inattendue et inespérée de monsieur Morgan fils, après une absence de 6 ans, qu'enfin une éclaircie se dessine à l'horizon.
    Néanmoins, jusqu'en 1930 : date de parution des deux derniers volumes, Edward n'a de cesse
    de chercher les financements nécessaires à l'aboutissement de son projet, il sera pour cela
    beaucoup aidé bien sur par William Myers et par sa fille Beth mais également par Fréderick
    Hodges son rédacteur et ami et par Steward Eastwood à partir de 1926.

    Hélas, c'est alors que " l'indien d'Amérique du nord " est enfin terminé et que Edward espère
    beaucoup des retombées d'un tel travail qu'à nouveau les épreuves arrivent.
    Moins populaire au cours des années trente, années également de récession économique
    sévère, l'œuvre prometteuse d'Edward Sheriff Curtis ne rencontre pas le succès escompté
    d'autant plus qu'en 1935, la société indienne du nord responsable de la compilation des
    œuvres d'edward sous forme d'abonnement dépose le bilan entraînant de ce fait la liquidation
    d'une très grande partie du matériel photographique encore à diffuser.
    C'est ainsi qu'un certains nombre d'exemplaires tombent à peu de frais aux mains de monsieur Lauriat, marchant de livres rares à Boston, alors que d'autres appartenant à la collection de monsieur Morgan fils disparaissent détruits ou vendus pour une bouchée de pain.

    LA FIN

    mt_expandLes années trente n'apportent donc pas la fortune à Edward et c'est un photographe désabusé qui, au cours de ces années, continue par la force des choses à travailler pour l'industrie du film sans gloire ni envie alors qu'une nouvelle passion l'occupe : l'attrait de l'or.
    En 1947, Edward se retire à Whittier (Californie) auprès de sa famille recomposée autour de
    sa fille Beth et de son mari Manford Magnusson.
    Edward Sheriff Curtis est mort d'une crise cardiaque à l'age de 84 ans le 19 octobre 1952 à
    Los Angeles.

    Aujourd'hui, malgré les difficultés financières, malgré les vivicitudes d'une vie à l'époque parfois dure, l'œuvre de Edward Sheriff Curtis fait encore référence comme l'un des plus spectaculaire travail de fond scientifique et artistique jamais entrepris par un photographe. A travers cette œuvre, c'est également un peu de l'âme de Curtis qui survit en chacun de nous à la vue de ces portraits d'indiens et de ces scènes de vie maintenant si à la mode : c'est un peu de l'âme indienne qui survit grâce à lui.

    EDWARD SHERIFF CURTIS en 13 dates :

    Février 1868
    Naissance de Edward Sheriff Curtis dans le Wisconsin
    Automne 1887 Déplacement dans les Territoires de Washington avec son père
    1892 Mariage avec Clara Philips et ouverture de son Studio photographique à Seattle
    1899 Obtient le grand prix national de photographie pour trois de ces photos d'indiens
    1904 Rencontre Fréderick Webb Hodges futur rédacteur de " l'indien d'Amérique du nord " et
    Théodore Roosevelt, le président des Etats-Unis
    1906 Monsieur Morgan finance le projet : " l'indien d'Amérique du nord " pour 5 ans
    1913 Mort du financier Morgan et d'Adolph Muhr, le photographe adjoint de Edward Sheriff Curtis
    1916 Séparation et divorce du couple Curtis
    1920 Ouverture avec Beth (sa fille aînée) d'un studio photographique à Los Angeles
    1930 Parution des deux derniers volumes de "L'indien d'Amérique du Nord "
    1935 Dépôt de bilan de la " compagnie indienne du nord ", responsable de la diffusion des
    abonnements
    19 octobre 1952 Disparition de Edward Sheriff Curtis à l'age de 84 ans, à Los Angeles (Californie)

    EDWARD SHERIFF CURTIS en 9 livres :

    Les indiens d'Amérique du nord - les Cheyennes
    Edward Sheriff Curtis
    Éditeur : Hors Collection
    L'Amérique indienne de Edward S. Curtis
    Edward Sheriff Curtis, Florence Curtis Grayhill, Victor Boesen
    Éditeur : Albin Michel (7 avril 1992)
    Paroles indiennes
    Michel Piquemal, Edward Sheriff Curtis
    Éditeur : Albin Michel (2 septembre 1993)
    Paroles de sages
    jat, Edward Sheriff Curtis
    Éditeur : Casterman (1996)
    La Terre durera toujours
    Neil Philip, Edward Sheriff Curtis
    Éditeur : Seuil (20 mai 1998)
    Edward S. Curtis
    Edward Sheriff Curtis Éditeur : Cnp (18 juin 1999)
    Edward Sheriff Curtis & l'Indien d'Amérique du Nord
    Edward Sheriff Curtis, Christopher Cardozo, joseph D. Horse Capture
    Éditeur : Marval (15 octobre 2000)
    Pieds nus sur la terre sacrée
    T.C. McLuhan, Edward Sheriff Curtis
    Éditeur : Denoël (18 octobre 2001)
    Edward Sheriff Curtis (1868-1952)
    Hans-Christian Adam
    Éditeur : Taschen (1° septembre 2004)

    Edward Sheriff Curtis et quatre adresses Internet :

    Les quatre sites présentés sont des sites très complets et fort intéressants car ils ont le mérite
    de présenter l'œuvre de cet immense photographe avec beaucoup de rigueur et de passion
    Trois de ces sites sont en anglais
    Je commencerai d'abord par le " site officiel " :
    http://www.edwardcurtis.com/
    Pour finir par ces deux sites à ne pas manquer :
    http://www.curtis-collection.com/
    http://www.fluryco.com/curtis/
    Le petit dernier a le mérite d'être en français, il a une belle conception mais reste incomplet
    par rapport aux précédents : c'est une bonne approche du personnage :
    http://www.artsversus.com/curtis/

    Pour en savoir plus sur l'auteur de cette rubrique :

    Chronique par Michel Lecocq
    Photographies d'auteur
    Site : http://www.imago-michel.com/

     

    SOURCES : http://www.photophiles.com/index.php/les-articles-archives/biographies/27-edward-sheriff-curtis.html

    Edward S. CURTIS (1868-1954)

    Curtis commence sa carrière comme photographe de studio à Seattle. Mais son intérêt pour les Indiens d’Amérique l’emportera. En 1899, il est le photographe officiel de la mission ethnographique Harriman en Alaska. À partir de 1901, il entreprend la constitution d’une documentation photographique sur la vie, les coutumes et le folklore des tribus indiennes d’Amérique. Ce projet donne naissance à une série de vingt volumes rassemblant des centaines de photographies prises dans tout le pays : The North American Indian, publié entre 1907 et 1930. Curtis met en scène ses photographies en ajoutant des accessoires, des scalps, des costumes, suggérant la nature guerrière de ses modèles, qu’il montre toujours comme des êtres nobles et fiers, dans des portraits ou des scènes de groupe. Ses photographies représentent à la fois un véritable travail artistique, dans une veine généralement pictorialiste, mais aussi un document qui permet d’identifier une culture en train de disparaître.

    E.A.

     

     
       
     
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  • Edward Sheriff Curtis
    Autoportrait d'Edward S. Curtis vers 1889
    Autoportrait d'Edward S. Curtis vers 1889

    Naissance 16 février 1868
    Whitewater (Wisconsin)
    Décès 19 octobre 1952
    Whittier (Californie)
    Profession(s) Photographe ethnologue

    Edward Sheriff Curtis, né le 16 février 1868 près de Whitewater et mort le 19 octobre 1952 à Whittier, est un photographe ethnologue américain.

    Il a été un des plus grands anthropologue social des Amérindiens d'Amérique du Nord[1] — et l'Ouest américain — laissant trace d'écrits et de nombreuses photos sur verre. Ainsi, de manière non exhaustif, il a entrepris l'inventaire photographique d'amérindiens des 80 tribus existantes. Cette population indienne qui était estimée à plus d'un million d'individus au XVIIIe siècle, avait chuté aux alentours de 40 000 lorsqu'il débuta son projet.

     formation :

    Edward S. Curtis est né près de Whitewater[2] dans le Wisconsin le 16 février 1868[1]. Il est le deuxième d'une famille de quatre enfants[2]. Le père d'Edward Curtis, Johnson Asahel Curtis, était un vétéran de la guerre de Sécession[1] et un ancien aumônier de l'armée devenu fermier[2]. Il gardera de la guerre une santé fragile[2].

    Lorsqu'Edward a cinq ans[2], sa famille déménage pour s'installer dans le Comté de Le Sueur au Minnesota[2], puis après sept ans plus tard à Cordova pour que le père ouvre une épicerie[3]. Johnson Curtis travaillait aussi comme prédicateur[3]. Il emmenait souvent son fils dans de longs voyages à cheval et en canoë lorsqu'il parcourait sa paroisse dispersée.

    Edward Curtis montre rapidement un intérêt pour la photographie, technique alors émergente, en fabriquant son propre appareil photographique[1]. En 1885, il fut apprenti chez un photographe de Saint Paul.

    Sa famille déménagera de nouveau à Seattle en 1887[1] où il exerça à partir de 1891, après la mort de son père, la profession de photographe en studio.

    Expédition Harriman :

    Article détaillé : Expédition Harriman.
    Inuit photographié vers 1929 lors de l'expédition Harriman.

    Une équipe scientifique qui parcourait les montagnes voisines, séduite par ses capacités de guide et de photographe l'aida à obtenir un contrat qui lui permit de partir en Alaska comme photographe officiel de l'expédition Harriman[1].

    Il commença ensuite l'étude des Indiens, qui le fascinaient, par un été chez les Indiens de la Prairie, accompagné d'un anthropologue. Sa passion ne le quitta pas jusqu'en 1930, date de parution du vingtième et dernier tome de sa monumentale encyclopédie.

    The North American Indian : une œuvre monumentale

    Article détaillé : L'Indien d'Amérique du Nord.

    De 1907 à 1930, eut lieu une véritable course contre la montre. Parmi les tribus qu'il visita : les Kwakiutl sur la côte pacifique, les Comanches, les Apaches et les Crees, dans leurs tipis caractéristiques, dans les Grandes Prairies et au pied des Rocheuses, les Hopis, les Pueblos et autres habitants du Sud-Ouest, les Blood, les Blackfeet et les Algonquins dans le Montana.

    Mère et enfant Assiniboin, 1928
    Un Hupa dans la brume

    On estime que Curtis traversa les États-Unis environ 125 fois en rendant visite à quatre-vingts tribus et que quarante mille clichés furent pris les trente ans que dura son enquête. Il utilisa également un appareil à cylindre de cire enregistreur d'Edison qui lui permit d'étudier soixante-quinze langues et dialectes et d'enregistrer dix mille chants. Cependant, Curtis passa probablement au moins autant de temps à parcourir les salons de la côte est en quête de financement qu'à étudier les indiens dans leurs territoires. En effet, il pensait que tous ses problèmes financiers seraient résolus par John Pierpont Morgan, mais la réalisation de l'encyclopédie dura vingt ans de plus que prévu, et on estime l'investissement total que nécessitèrent la rédaction et la publication de l'œuvre à plus d’un million de dollars.

    En fait, il ne s’intéressa guère à ceux qui présentaient des signes trop évidents d’acculturation ; il exigeait de ses modèles une certaine pureté des mœurs. Son projet était soutenu par le grand industriel, financier et philanthrope new-yorkais John Pierpont Morgan et par le président Theodore Roosevelt, pour qui il entendait enregistrer « tous les aspects de la vie dans toutes les tribus demeurées à un stade primitif » afin d'immortaliser ce qui pouvait être sauvé de ces cultures sur le point de disparaître, dans leur forme originelle.

    Une partie de son travail fut publié dans une somme en vingt volumes intitulée : « The North American Indian », comprenant 2 500 photographies, 4 000 pages de textes, alors qu'au total, Curtis réalisa près de 50 000 prises de vue. Dans ce travail d'une vie, Edward S. Curtis a mis au service de la science ses dons d'artiste, ce qui confère à son œuvre non seulement des qualités ethnologiques, mais aussi artistiques et même spirituelles.

    Le résultat force l'admiration : ses photographies restituent la beauté et la grandeur d'un univers aujourd'hui mythique. À travers son objectif, Curtis a saisi les visages, les attitudes, les rites, les scènes de la vie quotidienne et de l'intimité, mais aussi les paysages, le cadre de vie et l'habitat de quelque quatre-vingts tribus. Son œuvre est un élément majeur de l'histoire des natifs sur le sol des États-Unis, mais elle constitue aussi un évènement et une première dans l'histoire de la photographie.

    Des problèmes de financement :

    Le but de Curtis était de réaliser une œuvre populaire qui permettrait de faire connaître dans le monde ces peuples indiens qui constituaient déjà à l'époque une attraction parquée dans des réserves. Cependant, devant le peu de proposition de financement de son œuvre, il dut accepter les conditions de John Pierpont Morgan, un magnat du chemin de fer, qui voulait « voir ces photos dans des livres – dans les plus beaux livres qui aient jamais été publiés ». En échange Curtis devait recevoir 15 000 $ par an pendant cinq ans, la durée estimée de réalisation de l'œuvre, et en fournir à terme vingt-cinq exemplaires à Morgan. La réalisation finale devait donc être faite du meilleur papier, reliée en cuir et dorée sur tranche, et les photos reproduites selon les techniques les plus perfectionnées. Au total furent vendus seulement 272 exemplaires de The North American Indian dont le titre final fut en fait : The North American Indian, being a series of volumes picturing and describing the Indians of the United States and Alaska, written, illustrated and published by Edward S. Curtis, edited by Frederic Webb Hodge, foreword by Theodore Roosevelt, field research conducted under the patronage of J. Piermont Morgan, in twenty volumes.

    Un travail de photojournaliste :

    Guerrier nez-percé sur sa monture photographié par Edward S. Curtis

    On peut dire de Curtis qu'il est l'un des premiers photojournalistes. Cependant, son travail fut assez peu publié dans la presse – il écrivit quelques articles qui rencontrèrent un assez mauvais accueil du fait de son manque de compétences académiques : Curtis ne possédait pas réellement de diplôme et c'était surtout un homme de terrain. La raison pour laquelle on peut s'intéresser à lui aujourd'hui fut la rigueur et la minutie avec lesquelles il travailla toutes ces années : il travailla en s'investissant pleinement dans son projet tout en tâchant de nouer des liens avec les Indiens rencontrés. Ceux-ci avaient conscience que le travail de Curtis permettrait de faire connaître au monde leurs traditions quand cette génération aurait disparu : ils comprenaient d'autant mieux l'importance du travail de Curtis que leurs cultures étaient essentiellement orales. Les tribus qui avaient été étudiées par Curtis informaient d'autres tribus que le photographe pourrait les aider à conserver une trace de leurs fragiles traditions et celles-ci l'accueillaient. Même si Curtis commit quelques impairs, dus à son ignorance de certaines traditions locales, il était en général bien considéré. Il fut même le premier blanc à filmer et à participer à la fameuse Danse du Serpent des Indiens Hopi, qui se déroulait tous les deux ans pendant seize jours et qui consistait en une invocation théâtralisée de la pluie. Il était photojournaliste dans le sens où il photographia la vérité pour pouvoir ensuite la transmettre à ses compatriotes.

    Un journaliste écrivit : « Il devint un Indien. Il vécut, il parla indien ; il fut une sorte de Grand Frère Blanc. Il passa les meilleures années de sa vie, comme les renégats d’autrefois, parmi les Indiens. Il découvrit d’anciennes coutumes tribales. Il ressuscita les fantastiques costumes d’antan... ».

    Curtis avait pris conscience de l'importance de conserver une trace des traditions indiennes, tout comme le président Roosevelt, mais pour d'autres raisons. Theodore Roosevelt pensait que la disparition des Indiens se faisait pour le plus grand bien de la civilisation et que leur seul intérêt était leur valeur de document historique. Ceci n'était pas le point de vue de Curtis, même s'il essaya toujours de présenter les Indiens comme un peuple « intouché » par la civilisation blanche ; il alla pour cela jusqu'à retoucher les photos où apparaissaient des objets non indiens ou des touristes blancs. Ceci devint rapidement extrêmement difficile : les Indiens furent durement frappés par diverses épidémies de varicelle et de tuberculose, par la guerre avec les blancs et la réduction progressive de leur territoire. Des agences organisaient des visites touristiques des réserves indiennes, dépossédant ainsi les Indiens de leurs traditions. Les Hopi décidèrent à partir de 1911 de ne plus danser la Danse du Serpent devant des étrangers.

    Edward S. Curtis est mort à Whittier (Los Angeles) en Californie le 19 octobre 1952.

    Filmographie :

    • In the Land of the War Canoes (titre original : In the Land of Head Hunters), docufiction de 47 minutes, 1914[4]

    Notes et références[modifier]

    Bibliographie :

    • Edward S. Curtis (photographies), Florence Curtis Grayhill, Victor Boesen (textes), L'Amérique indienne, éd. Albin Michel 1992, collection Terre indienne - 121 pages, 25 x 34 cm (ISBN 2-2260-5838-9)
    • Edward S. Curtis (photographies), T. C. McLuhan (textes), Pieds nus sur la terre sacrée, éd. Denoël 1976, et nouvelle édition en 1984 - 192 pages, 55 illustrations, 18 x 23,5 cm (ISBN 2-2072-2002-8)
    • Edward S. Curtis (photographies), Christopher Cardozo, N. Scott Momaday, Joseph Horse Capture, Anne Makepeace (textes), L'Indien d'Amérique du Nord, éd. Marval 2001 - 192 pages, 26,5 x 34 cm (ISBN 2-8623-4307-2)
    • Edward Sheriff Curtis, Les Indiens d’Amérique du Nord, les Portfolios complets, Taschen, 1997.
    • Don Gulbrandsen, Edward S. Curtis: Visions of the First Americans, Chartwell Books, 2006, 256 p. (ISBN 978-0-7858-2114-4)

    sources : http://fr.wikipedia.org/wiki/Edward_Sheriff_Curtis

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